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lundi 21 octobre 2019

Le racisme ne passera pas en Martinique et en Guadeloupe ? Mais...


Le ressentiment qui existe vis à vis de la communauté béké doit être purgé non par des communiqués mais par une vraie démarche de... leur part ! Oui, je crois que la balle est dans leur camp. Ce ressentiment n'a jamais disparu depuis l'esclavage. Il a également traversé la nuit coloniale pour des raisons tangibles que tout le monde connait sans avoir fait d'études poussées sur la question. 

Cette aigreur resurgit à chaque fois qu'il y a des crispations dans notre pays. 

Elle ressurgit à juste titre ces temps-ci à cause de l'empoisonnement de nos terres et de nos eaux au chlordécone et le désastre dans lequel il nous plonge ! D'ailleurs arrêtons de dire "la" chlordécone et continuons à dire "le". Quand ils en parlaient au temps de l'utilisation, tous les acteurs impliqués disaient "le". Maintenant qu'ils veulent reprendre la main sur la communication, ils veulent féminiser le chlordécone ? Stop ! C'est le chlordécone qui nous a empoisonné ? Les pollueurs vont payer les dégâts DU chlordécone ! Bref. Je suis contre le fait de clouer au pilori des êtres humains, de les injurier parce qu'ils appartiennent à une communauté. Parce que nous l'avons vécu et nous le vivons encore dans presque tous les pays du monde, les afro-descendants savent ce que ça fait. 

Est-ce pour autant que nous ne devons pas critiquer le système socioéconomique injuste qui structure notre pays ? Non. Nos gens ne sont pas bêtes. L'alliance malsaine entre les forces gouvernementales et le lobby capitaliste béké nous a fait du tort dans notre chair, dans nos comptes en banque et dans notre capacité à sortir du sous-développement depuis trop longtemps donc c'est normal de la dénoncer voire même d'être indignés contre cette entente !

Lorsque l'association Tous Créoles écrit "Le racisme ne passera pas en Martinique", le premier racisme qu'elle devrait chercher à réduire, c'est celui de la communauté béké elle-même. Je parle du racisme structurel sur lequel est basé son identité. Leur entre soi, leur volonté de préserver la race blanche est un cancer dont ils ne doivent pas ignorer les effets. Le ressentiment à leur égard vient aussi de là. Penser et écrire cela n'est pas être anti-béké. Il y a une grande différence. Ce communautarisme est d'autant plus difficile à accepter quand on sait qu'il sert surtout, au delà des questions esthétiques et identitaires, à préserver un pouvoir économique. Un pouvoir économique qui atrophie notre capacité à développer une économie prospère pour une majorité, notre capacité à générer des richesses mieux partagées. Quand on rajoute à ce communautarisme leur domination économique, on tient les ingrédients d'un vivre-ensemble impossible. On ne peut pas jouir des privilèges liés à la race et à une position économique dominante acquises comme on sait sans penser que le reste des Martiniquais et des Guadeloupéens ne diront jamais rien. Certaines personnes ont intégré cette situation dans leur logiciel mais avec les jeunes générations, ça ne passe plus. On ne peut pas avoir le sucre et l'argent du sucre.

Néanmoins, après avoir écrit cela, je fais bien la différence entre les êtres humains qui ont tous besoin d'être traités avec dignité et bienveillance et la mentalité de caste qui anime certains békés. Comme chez les autres communautés ethniques du pays, il y a des couches différentes chez eux et une diversité d'opinion sur la question. Nous devons en tenir compte et en pas clouer au pilori les békés en général. L'association Tous Créoles, qui est le fruit d'une vision noble de la part de feu Roger de Jaham, ne peut pas appeler à la réconciliation sans passer par le moment de vérité et de réparation. Si Tous Créole est une association qui milite pour un meilleur vivre-ensemble, un vivre ensemble plus apaisé, elle devra appeler les deux parties à sortir de leur zone de confort pour mettre sur la table les sujets qui fâchent. C'est une conversation difficile que nous devons avoir parce qu'il en va de l'avenir de nos pays, celui de nos enfants à tous peu importe leur communauté ethnique et leur classe sociale. Je ne sais pas quelle forme prendra cette conversation ni combien de temps ça va durer mais elle doit avoir lieu. Dans cette dynamique, je veux faire partie de ceux et celles qui vont la faciliter sans complaisance. On n'en ressortira pas comme on y sera rentrés mais j'espère que le pays en sortira grandit.

À chaque fois que je vois des Martiniquais et des Guadeloupéens qui refusent le fatalisme et s'organisent au lieu d'agoniser, je dis Bravo ! Cela veut dire que nous sommes en vie, que nous voulons rester en vie et que nous voulons vivre mieux ! Je les appelle ceci dit rester toujours plus humain avec les êtres humains et à être implacable avec le système néocolonial. Je ne le dis pas du haut de mon bureau climatisé mais comme quelqu'un qui se fait un devoir d'être présent lors des mobilisations populaires, comme un intellectuel qui veut rester dans les tranchées de nos défis, qui veut marcher dans le pays et rester au contact de ses gens. Je le dis aussi comme quelqu'un qui est conscient d'être très ignorant sur un tas de choses et comme quelqu'un qui est conscient que personne n'est indispensable. L'un des moyens que beaucoup de peuples en lutte contre les injustices économiques ont utilisé ici et ailleurs pour faire entendre raison à ceux qui profitent de leur position et de leurs privilèges, c'est le boycott. Je dis qu'en 2019 nous devons l'utiliser aussi en Martinique et en Guadeloupe pour forcer ceux qui profitent du système à changer d'attitude et de méthodes ! Nous devons l'utiliser pour leur envoyer un signal fort, pour les forcer à s'assoir à une table, pour leur faire comprendre que le temps où ils pouvaient nous cracher à la figure et continuer leur business comme de rien n'était est terminé ! On ne le fait pas pour que les Martiniquais et les Guadeloupéens qui travaillent dans ces entreprises perdent leur travail. Non pas du tout ! Mais pour que leurs dirigeants travaillent et nous traitent autrement !

En cette période transition vers une autre société, nous devons tous rester vigilants pour préserver le respect, la bienveillance, la liberté de parole et la paix civile. Pas pour préserver la position socioéconomique de la communauté béké ni la position de ceux et celles qui ont fait de ces questions une raison d'être mais parce que nous bâtissons un demain avec un grand D. Nous sommes en chemin, en transition donc la méthode et les outils sont aussi importants que la destination. Hors de la lutte, il n'y aura pas de progrès !

Steve Gadet, activiste et écrivain.

lundi 13 février 2017

COMMUNIQUE DE PRESSE DU CREFOM


Le CREFOM, conseil représentatif des français d’outre mer dénonce avec force les propos tenus par le syndicaliste FO SGP Police lors de l’émission consacrée aux événements dramatiques d’Aulnay sous bois.

Pour rappel, un jeune homme dénommé THEO est à ce jour hospitalisé pour de graves blessures, un policier est mis en examen pour viol, ses collègues sont mis en examen pour violence volontaire en réunion.

Selon monsieur POIGNANT du syndicat SGP Police  » le terme Bamboula reste encore à  peu prés convenable « .

De tels propos tenus publiquement et en toute impunité, par des personnes dépositaires de l’autorité publique, illustrent parfaitement les bavures que subit et dénonce au quotidien une partie de la population. Le CREFOM rappelle que l’expression « bamboula » au delà de représenter un instrument ou une danse, désigne également par extension une personne noire de peau dont la connotation péjorative n’a pas pu échapper à son locuteur.

En dépit de ses excuses, le CREFOM demande instamment au Ministre de l’intérieur, et aussi aux responsables syndicaux de prendre leurs responsabilités.

Le Président du CREFOM
Jean Michel MARTIAL

samedi 28 janvier 2017

Il s'appelait PATEH SABALLY


Il est mort noyé à Venise le dimanche 22 janvier 2017 sous les insultes racistes et les rires des passants. il avait 22 ans et était originaire de Gambie. 
Que les ancêtres accueillent le frère afin qu'il repose en paix. 


#PatehSabally

 "Un rassemblement a eu lieu hier vendredi 27 janvier 2017 à Venise en hommage à Pateh Sabally, le jeune gambien de 22 ans mort noyé dimanche dernier sous les moqueries, les quolibets racistes et l'indifférence de la foule présente qui a filmé et photographié la scène sans que personne ne lui porte assistance. Des fleurs ont été jetées à la fin du rassemblement dans l'eau du grand canal de Venise à l'endroit où il a perdu la vie."


Maintenant ils se permettent le luxe de venir mourir à Venise.

A lire 

vendredi 3 avril 2015

Les ayatollahs de la mémoire.


« Je n’ai jamais autant entendu parler en Guadeloupe de Nègres, de Blancs, de racisme, d’esclavage, de mémoire ! Que se passe-t-il ? Est-on passé de la lutte de classes à la lutte de races ? Parce qu’un jeune blanc majeur et écervelé, qui porte le nom de Chaulet, dans une dispute avec un jeune noir prononce selon certains témoins des propos racistes –chose que nous avons fermement condamnée- et voilà qu’on fait monter la pression, que déferlent sur le net des propos tout à fait insensés. La famille Chaulet est sommée de se justifier. On oublie cependant que Philippe Chaulet –qui n’est pas du tout de ma famille politique- est le seul homme politique de droite ayant accepté de signer un tract exigeant la libération de Luc Reinette quand il était emprisonné, suite à des attentats ayant fait beaucoup de bruit à l’époque. Une amie, professeure de philosophie et mulâtresse, m’informe qu’hier, attendant dans le cabinet d’un médecin je ne sais plus quel papier, s’est faite agresser verbalement par une patiente incriminant la couleur de sa peau. Le même jour, le soir, un chien errant s’étant réfugié à la Casa del tango, une tanguera s’interrogeait sur la couleur de sa peau qu’elle trouvait bizarre. Le lendemain au réveil elle me téléphone pour me dire que toute la nuit elle a rêvé du chien en se demandant s’il était chaben ou mulâtre ! Quelqu’un que je connais, chef d’entreprise, détesté par ses ouvriers par ailleurs et amateur de champagne de très grande qualité, se plaignait devant moi que des syndicalistes l’avaient vilipendé parce qu’il était venu à la veille de noël à 4 heures du matin faire ses courses dans un supermarché connu. Comme je défendais les syndicalistes il m’a fait cette sortie : « Ce n’est pas de ma faute, c’est la faute à l’esclavage ! »

Les choses sont graves ! C’est comme si en Guadeloupe on était passé d’une quête identitaire nationaliste politique (car le nationalisme est une idéologie politique qui tend à confondre culture et politique) à une sorte de revendication d’identité pré-politique renvoyant à la race ou à la couleur de la peau, à une sorte de nouveau noirisme ou de négrisme. C’est comme si on était passé du « nous Guadeloupéens » au « nous Nègres », comme si enfin le moi se faisait peau. Le phénomène n’est pas propre à notre pays. Un peu partout dans le monde, on assiste à un délitement du politique sous le poids de la mondialisation capitaliste (chose que nous ne pouvons pas analyser ici). Cela renvoie à des crispations identitaires primaires car au fond, pulsionnelles, liées à l’instinct de mort, à des logiques identitaires qu’on peut qualifier de meurtrières. Dans un tel climat, des esprits fragiles peuvent passer à l’acte, de part et d’autre, et tel est le danger qui nous menace en ce moment. Ceci renvoie incontestablement à l’échec du mouvement indépendantiste mais plus largement aussi à celui de l’incapacité de notre collectivité à élaborer un authentique projet politique de société. C’est dans ce vide politique que ne comble pas l’agitation politicienne dominante, que s’engouffrent de telles dérives.

Comme le dit Dany Ducosson dans un texte que je mets en ligne et citant Fanon : « le colonisé est un persécuté qui rêve de devenir persécuteur ». Ainsi, il fallait à des persécuteurs, se prenant pour des policiers de la pensée, un bouc-émissaire et il est tout trouvé : un « blanc France » et intellectuel. C’est de cela dont Jean-François Niort est le nom. Au fond les militants de ces problématiques identitaires ne supportent ni la culture ni la vie intellectuelle. Les actes des groupes islamistes en sont l’horrifique exemple. Ce que dit pourtant Jean-François Niort n’est pas une nouveauté. Il y a plus d’une quinzaine d’années, avec un groupe de mes amis de Chemins Critiques (Revue haïtiano-caribéenne), nous nous sommes interrogés sur le fait que lors de la révolte des Noirs de Saint-Domingue, des groupes d’esclaves déclaraient qu’ils voulaient suivre les troupes du Roi. Bien sûr, on pouvait expliquer cela par la méfiance des Noirs vis à vis des colons autonomistes, mais nous avons découvert aussi qu’en l’an 1788, il y eut à Saint-Domingue –Malouet était alors gouverneur de la colonie- un procès retentissant intenté par certains Noirs à leur maître et le procureur du Roi avait reçu la plainte ce qui avait provoqué la révolte des colons contre ce qu’ils appelaient « le despotisme ministériel ». Yves Bénot, qui était collaborateur de notre revue, a écrit des choses intéressantes à ce sujet. Les esclaves à l’évidence s’appuyaient sur le fameux article du Code Noir stipulant que l’esclave pouvait porter plainte contre leurs maîtres.

Alors qu’une situation historique doit être pensée dans sa totalité, dans les années 80 (JF. Niort était alors un jeune homme), un professeur de philosophie de Toulouse, Sala Molins, d’une démagogie redoutable, décida de faire du Code Noir le symbole même de l’inhumanité esclavagiste. Il eut du succès auprès des étudiants noirs. Certains se proclamaient même « fils de Cham ». (Qui a dit que Cham était noir ?) Tout de suite, Laënnec Hurbon, Yves Bénot et moi décidions de mener une lutte contre ces idées très réductrices de Sala Molins. En 1989, j’ai invité Sala Molins à un colloque que l’Association des professeurs de philosophie de Guadeloupe, dont j’étais le président, organisait à Basse-Terre, sur la révolution française et les colonies d’Amérique. Nous eûmes une vive discussion avec Sala Molins et ses thèses furent sévèrement critiquées. Personne ne nous avait accusés à l’époque, ni Laënnec Hurbon, ni Yves Bénot ni moi, d’être des révisionnistes ni des négationnistes ! Il est vrai que nous n’étions pas dans ces délires identitaires mémoriels prenant la souffrance et la concurrence des victimes comme fondement ni au temps du triomphe des réseaux sociaux. La discussion intellectuelle était encore possible. Aujourd’hui, nous assistons à un retour des thèses de Sala Molins. Curieux non ?

Jean-François Niort ne prétend pas rendre compte de toute l’histoire de l’esclavage. Historien du droit, il tend à expliquer simplement et en toute rigueur la fonction de ce texte, le Code Noir, et l’articulation de ses articles. Qu’y-a-il de mal à cela même si la chose peut-être scientifiquement discutée ? Le Code Noir dit explicitement que l’esclave peut se marier et porter plainte contre son maître. Pour les ayatollahs de la pensée, il ne faut pas le dire, il faut taire la vérité historique, car cela risque d’atténuer l’inhumanité de l’esclavage et cela favoriserait la thèse de ceux qui disent que la shoah est le plus grand crime contre l’humanité, ce qu’a affirmé d’ailleurs François Hollande de façon très maladroite. On a du mal à penser que les crimes contre l’humanité sont divers et que le génocide n’est que l’une des formes de ces crimes. Les hommes, hélas, n’ont pas fini d’inventer d’autres sortes de crimes contre l’humanité. Le chef de l’Etat français parle devant un parterre de rescapés directs des camps de concentration (nous, nous sommes des victimes indirectes car il y a 170 ans que l’esclavage est aboli). Il parle ensuite des crimes des XX° et XXI° siècles, qui sont donc d’une éminente actualité (des Juifs sont régulièrement assassinés en France) et l’on peut douter que l’esclavage comme système de production puisse revenir avec l’évolution des forces productives capitalistes même s’il peut ressurgir des formes d’esclavage domestique comme avec Boko Haram. Cela dit, les conséquences du passé esclavagiste redoublées avec la continuation de la domination coloniale et surtout de la théorisation du racisme qui se met en place au XIX° siècle en produisant une image nettement dévalorisée du noir est ce qu’il faut analyser. Mais depuis 1848, avec l’accès à la citoyenneté, les Guadeloupéens et les Martiniquais sont aussi en partie responsables de l’histoire car ils accèdent à la liberté politique. Comprendre nos errements actuels c’est mieux connaître les espaces de liberté dont jouissaient les esclaves leur permettant malgré tout de créer du vivre ensemble. Quelle est l’histoire de ce « vive ensemble » ? Voilà pourquoi j’avais écrit un texte : « Nos responsabilités quant à nos pays devenus ».

Or, c’est ce que fait Jean-François Niort et on ne l’a pas compris. Il l’avait bien fait lors d’un de nos cafés-débats à la Casa del tango sur le thème Du Code Noir au chlordécone. Il voulait montrer que l’exception qu’avait obtenue Eric de Lucy pour poursuivre l’épandage aérien de ce dangereux pesticide aux Antilles-Guyane, pourtant interdit en France métropolitaine, ne peut être comprise que si on la rattachait à toute l’histoire de l’exception coloniale dont le Code Noir est le premier moteur. Quel ce principe d’exception ? L’opposition entre des principes juridiques français et la réalité coloniale. Lorsqu’est édité le premier CodeNoir, l’esclavage est interdit en France contrairement à l’Espagne et au Portugal. Certains rois de France avaient du mal à admettre que l’on instaurât l’esclavage sur un territoire gouverné par la France. On est à une époque où l’absolutisme royal en France est le moment historique d’une affirmation de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire régi par lui et c’est le moment de la construction de la nation française contre l’empereur et contre la papauté mais aussi contre les pouvoirs régionaux. L’Etat français veut donc contrôler le pouvoir des colons dans les colonies, lesquels ne cessent de s’opposer au « despotisme ministériel ». Il y a donc une contradiction entre les principes juridiques royaux de l’époque et les intérêts des colons lesquels ne cessent d’argumenter en affirmant que l’intérêt de l’exploitation esclavagiste est l’intérêt de la France. Le Code Noir est la solution, toujours remaniée, de cette contradiction. Il y a d’ailleurs une évolution du XVII° au XIX° siècle concernant ce conflit entre les exigences morales et les intérêts économiques que Caroline Bastide et Philippe Steiner analysent dans leur dernier livre Calcul et Morale.

C’est à partir de mon texte « Nos responsabilités quant à nos pays devenus » que Jean-François Niort m’a demandé de participer à la rédaction d’un ouvrage intitulé du Code Noir au chlordécone. Je n’ai pas eu le temps de m’y consacrer mais ce qui m’intéressait, c’est l’hypothèse que je formulais à savoir que le Code Noir et l’esclavage étaient la première tentative d’un pouvoir biopolitique, ce que n’aurait pas vu Michel Foucault. (On sait que pour celui-ci, ce qui distingue le capitalisme traditionnel du capitalisme néolibéral c’est que ce dernier se fait biopolitique.) Bref ce ne sont là que des hypothèses de travail mais voilà ce qui m’avait intéressé dans les analyses que fait Jean-François Niort du Code Noir.

Qu’un Dannick Zandronis, avec une arrogance insoutenable, puisse s’exprimer en ces termes à un historien qui fait des recherches sérieuses, le même Zandronis qui à chaque parution de son journal en ligne fait de la propagande pour Marthély, président néo-duvaliériste d’Haïti que combattent mes amis du camp démocratique haïtien (rappelons que le totalitarisme duvaliériste s’appuyait sur une problématique identitaire noiriste), voilà ce qu’en tant qu’intellectuel guadeloupéen je ne peux supporter de ce tonton- macoute de la pensée. En quoi un camp dit patriotique, minoritaire par ailleurs dans l’opinion, peut-il s’arroger le droit d’intimider de la sorte les intellectuels dans leur travail de recherche. Plus grave, comment comprendre qu’un Elie Domota, pour qui on pouvait avoir encore une estime malgré nos divergences, peut-il dans le Journal France-Antilles accuser publiquement Jean-François Niort d’avoir affirmé que le Code Noir avait de bons côtés –ce qui est un mensonge éhonté- et comment son syndicat peut-il déclarer dans un tract publié sur Mediapart –Je crois qu’il a été supprimé depuis- que notre ami historien était à ranger dans la catégorie de ceux qui ne reconnaissent pas l’esclavage comme crime contre l’humanité ? Comment être à ce point incapable de distinguer entre l’approche morale et idéologique impliquant forcément des jugements de valeur et l’approche scientifique nécessitant une neutralité axiologique privilégiant la compréhension des phénomènes dans leur complexité et leur contexte même si les deux démarches peuvent coexister dans une société ? Moi-même, j’avais écrit dans plusieurs articles que : « le Code Noir, tout inhumain qu’il fut, introduisait une médiation entre le maître et l’esclave ». Va-t-on m’accuser encore une fois d’être un « Négre à blanc » ? Je ne dirai pas comme Césaire : « Le Nègre vous emmerde ! ». J’affirme ici solennellement que je suis un mauvais nègre car je n’aime pas les bons nègres , ni les bons blancs, ni les bons guadeloupéens, ni les bons français, ni les bons allemands, ni les bons Aryens, ni tout ce qui, horriblement s’ensuit. Quant à tous ceux qui, frôlant le degré zéro de la pensée, croient qu’ils vont instaurer dans notre pays on ne sait quelle police de la pensée, qu’ils sachent que nous ne nous laisseront pas faire. Que chacun prenne ses responsabilités. J’espère à ne pas avoir à écrire un jour Du Code Noir au clan qui déconne. » !

Jacky Dahomay

mercredi 11 février 2015

le Salon Anticolonial et Antiraciste

Le Réseau Sortir du colonialisme, à l’occasion de la Xeme semaine anticoloniale présente :

                                    le Salon Anticolonial et Antiraciste

à La Bellevilloise 21 rue Boyer Paris 20è,
Métro Gambetta ou Ménilmontant, bus 26 , station Pyrénées - Ménilmontant
14 février - 15 février


 du 14 février de 10:00 à 19:00

 Espace stands internationaux, artisanats, commerce équitable, Salon du Livre, Rencontre avec les auteurs, débats, conférences, projections, concerts, remises de prix
Entrée Solidaire 2 euros
Pour celles et ceux qui ont une page FB, l'événement Salon Anticolonial ici
https://www.facebook.com/events/1554018771551512/

N'hésitez pas à faire circuler l'info auprès de vos amis

Et voici le programme :

EXPOSITION

LOFT Espace stands internationaux, Salon du Livre, Rencontre avec les auteurs

SAMEDI 14

10h Ouverture du Salon par Bachir Ben Barka, suivie d’une table ronde en présence de Malaak Shabazz, la fille de Malcolm X

Salle Club

12h la lutte contre Frontex par la Fasti

13h45 Après les tueries de Charlie Hebdo et de l’Hypercash, Non à la guerre des civilisations ; Table ronde avec Elsa Dorlin, Dominique Vidal, Michèle Sibony, Nacira Guénif-Souilamas

15h30 La Tricontinentale par Bachir ben Barka & Roger Faligot

17h15 A l’occasion des 40 ans du journal indépendantiste corse U Ribombu discussion au sujet du "Traitement de l’information en période de conflit"

Salle Forum

12h Gilles Manceron à l’occasion de la sortie du livre « Jaurès , vers le  Colonialisme » par les textes de l’époque aux éditions Les Petits Matins

14h Gestion coloniale des Quartiers Populaires par Mathieu Rigouste et le collectif Angles Morts

15h45 Olivier Lecour Grandmaison présentera son dernier ouvrage « L’empire des hygiénistes »/ Vivre aux colonies

17h30 Prix du Livre Anticolonial 2015

DIMANCHE 15

Salle Club

12h Actualité des grandes figures de l’anticolonialisme : Thomas Sankara et Frantz Fanon, proposée par le CETIM avec Bruno Jaffré et Mireille Fanon Mendès-France

13h30 Procès en révision du massacre de Thiaroye par Armelle Mabon, historienne

15h15 Palestine : mots et média par Julien Salingue (Acrimed)

17h L’armée française en Afrique par Survie et François Graner

Salle Forum

10h Projection à la séance du dimanche matin d’un film en hommage à René Vautier.

12h Hommages à Eloi Machoro & Malcolm X en présence de sa fille Malaak Shabazz

13h 30 Débat Gilles Manceron/ Louis Georges Tin A propos d’Exhibit B, Quels(s) Antiracisme(s) ?

15h15 Prix du Colonialiste 2015

16h30 Concert de clôture Les Françoises chanson française de lutte

lundi 28 octobre 2013

La gauche passe le cœur à droite et la France perd son âme républicaine.


Les faits sont là et on ne peut  que les constater. Selon les derniers sondages, 45% des électeurs de gauche sont pour la suppression du droit du sol. L’écrasante majorité soutient la politique de Valls. Ce qui restait au PS de protestation contre cette droitisation (Harlem Désir en tête) rentre dans les rangs. A Marseille, Patrick Mennucci traite Samia Ghali d’ « Arabe ». A droite, des dirigeants de l’UMP proposent de supprimer le droit du sol, principe fondamental de la république française. Hier sur LCP, un dirigeant de ce parti affirme en toute tranquillité qu’enseigner « nos ancêtres les gaulois » était la meilleure façon d’intégrer les  indigènes. Cela ne choque plus grand monde. Il  faut donc se rendre à l’évidence : s’il  y a toujours  existé en France une opinion xénophobe et raciste, celle-ci était tout de même contrôlée par quelques principes républicains. Aujourd’hui, les  digues ont sauté.  Le national populisme triomphe dans  l’Hexagone. Tout est désormais possible.

Mais c’est toute l’Europe qui est gagnée par le nationalisme populiste. On découvre en Grèce une enfant blonde  aux yeux bleus et on décide qu’en  raison de son phénotype, elle ne peut être enfant de Roms. En Irlande, on saisit une enfant aux yeux bleus, on l’arrache à ses parents Roms et les  tests ADN montrent que les parents Roms accusés sont vraiment ses géniteurs. En Grèce on découvre que celle que l’on a surnommé « L’ange blond » est bien issue de parents Roms. Ce qui est cherché au fond, c’est la pureté de la  race. La bête immonde, qui comme on  sait a surgi dans  des périodes graves de l’histoire, est de  retour.

La Caraïbe aussi en est touchée : le  gouvernement de la  République dominicaine  vient de décider que les citoyens dominicains d’ascendance haïtienne depuis 1929 vont perde leur nationalité dominicaine. On  fabrique ainsi des apatrides. Seul Hitler avait  osé le  faire. C’est une atteinte très grave aux droits de l’homme mais cela ne choque guère l’opinion mondiale.

Si donc la crise économique s’aggrave, il faut s’attendre à de grandes catastrophes dont l’histoire nous a déjà donné des exemples.

Et nous, dans tout cela ? On  a  connu aussi la  xénophobie anti-haïtienne et, en ces temps obscurs, elle peut ressurgir à la moindre occasion. Et si le populisme  triomphe en France, qu’allons-nous faire ? Dissidence ? De sombres nuages s’amoncellent dans les cieux. Nous avons  eu l’occasion d’intervenir dans le débat hexagonal. Mais  aujourd’hui, nous sommes sceptiques. C’est donc le  cœur très lourd que nous allons ce matin conduire notre ami  jean-Claude Courbain à sa dernière demeure.

Jacky Dahomay
26/10/13

jeudi 3 janvier 2013

La réponse de Nicolas Bedos à la plainte du Collectifdom sur Facebook :




Après avoir partagé l'article concernant la plainte du collectifdom contre Nicolas Bedos pour injure raciale, sur ma page Facebook, de nombreuses réactions  se sont fait jour, dont celle de l'accusé ou du mis en cause.  

Nicolas Bedos  dans un post succinct écrit : "Apprenez à lire avant de m'apprendre à écrire. Si les idiots attaquaient en justice tous ceux qu'ils n'ont pas compris, les tribunaux seraient davantage saturés. Par chance pour le droit à l'humour, à la pudeur, à la satire: vous perdrez."

Nombreux sont ceux à prendre la défense de Nicolas Bedos, c'est de l'humour,  du second degré disent-ils,  admettons ! Dans ce cas, la réciproque devrait être possible,  il serait loisible à tout un chacun de ponctuer un article, un texte par un "enculé de juif, enculé d'arabe, enculé de français, enculé de chinois.

Je doute que cela soit acceptable ou licite et participe à l'apaisement entre les communautés.

Je doute que les membres de la communauté juive ou arabe voient dans "un enculé de juif, un enculé d'arabe" une note humoristique ou une pointe d'humour.

Si ce n'est pas acceptable pour ces communautés, un enculé de nègre ne devrait pas l'être pour les communautés noires.

Mais bon, nous sommes en France, la nation du deux poids et deux mesures, et puis nos compatriotes sont plutôt passifs, peu revendicatifs, une attitude qui les ouvre  à  tout et à n'importe quoi,  à la stigmatisation et  aux insultes.


Evariste Zephyrin 

samedi 12 novembre 2011

Légaliser l’interdit : ce que dominant veut... L’affinage des stratégies rhétoriques de la contre-révolution coloniale




Même si les dominés sont rarement assez naïfs pour s’imaginer qu’un droit est définitivement acquis lorsqu’il est reconnu par la loi, les luttes contre les lois liberticides peuvent aussi parfois, involontairement, masquer les stratégies vicieuses mises en place par les dominants pour discriminer en dépit de la loi.


Les militants algériens le savaient bien, eux qui purent être arrêtés, battus, assassinés et jetés à l’eau le 17 octobre 1961 à Paris (et beaucoup d’autres jours ailleurs...) alors même que le couvre-feu visant les Algériens n’était ni légal, ni même officiel (il était seulement "déconseillé" aux Algériens de sortir : la caractère "pressant" dudit "conseil" étant parfaitement compris comme un impératif dont le non respect devait être fatal) . Min taht al ma - "de sous l’eau" - on pouvait toujours protester, invoquer les principes juridiques très humanistes de la République, les représentants dudit État n’en avaient cure.

Voiles et métonymies

Pour Sadri Khiari, le racisme structurant les sociétés des métropoles impérialistes, est "largement anonyme" et "rend obsolète l’usage juridique ou autre de catégories explicitement racialistes, ou dont le caractère discriminatoire est transparent" (in La Contre-Révolution coloniale en France)

Pour discriminer les femmes musulmanes en France par exemple, les stratégies sont connues : on s’exprime par métonymies (figure de substitution consistant à désigner un objet ou un être, en évoquant un objet proche de la chose ou de la personne dans un rapport de voisinage ou de contiguïté : pour ne pas dire "Musulmane", on vise un de ses attributs vestimentaires - qui plus est de la "Musulmane qui ne veut pas se faire intégrer", comme le foulard par exemple, et ainsi, l’énoncé produit, qui aurait été plus facilement perçu comme raciste si le mot avait été prononcé, prend une apparence plus acceptable lorsqu’on se contente de parler de "voiles" : pour citer Saïd Bouamama, le racisme prend des airs "respectables" en se faisant passer pour une critique légitime des religions - et la référence explicite à la race peut être évitée alors même que dans les faits, c’est bel et bien elle qui est visée).

Dans le même sens, Pierre Tevanian a parlé au sujet des discours laïcards, de "métaphore du racisme républicain" (in La République du Mépris).

Aujourd’hui les métaphores s’affinent : pour ne plus dire "Ratons", on peut parler du "halal" - produisant ainsi ce que Pierre Bayard a nommé ailleurs des "syllepses invisibles" ( http://lmsi.net/Des-syllepses-invisibles ).

Et les métonymies se dissimulent parfaitement dans les nouvelles stratégies rhétoriques de la contre-révolution coloniale. Pour discriminer les mères musulmanes portant un foulard voulant accompagner leurs enfants lors des sorties scolaires, le premier réflexe du ministre Luc Chatel fut tout simplement de légiférer dans ce sens.

Lorsque cela se révéla compliqué (à cause de la liberté de conscience censée être un fondement de la République), la "solution" parut alors toute simple à ces messieurs :
"On ne peut pas légiférer. Nous sommes en train de préparer des instructions sur des règlements. L’esprit des instructions sera d’éviter le port du voile" (Claude Guéant) (http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/gu-ant-pr-sente-un-code-cit-plus-restrictif-libert-religieuse-164438 ?quicktabs_1=1&quicktabs_2=1)
Pratique, non ? À quoi bon changer la loi ? Monsieur Guéant veut empêcher le port du voile pour les mamans accompagnant les sorties scolaires. La loi l’interdit. Qu’à cela tienne, contournons la loi ! Et tant pis pour la liberté de conscience des Musulmanes.

Quand l’État encourage à pratiquer ce que la loi ne peut pas autoriser.

En livrant la méthode clés en mains. Concrètement : pour ne plus dire dans les règlements intérieurs des écoles - parce que c’est interdit - "les mères musulmanes portant un foulard ne pourront pas accompagner les sorties scolaires", il suffit de s’exprimer en deux temps :
1) À un moment donné, préciser ce que la loi de 2004 a gravé dans le marbre (quand la loi va dans le sens du rapport de domination ne nous en privons pas ! ) : "le port du voile s’apparente à du prosélytisme religieux incompatible avec la laïcité". 2) Ailleurs, dire que les "contributeurs extérieurs", tout comme les fonctionnaires, doivent respecter la laïcité.
Et ça y est ! Ce qui était impossible à cause de la loi républicaine, devient parfaitement possible grâce aux "procédés" républicains bien euphémisant :
Comme le respect de la laïcité implique (d’après la loi française) aux seuls agents de service public, une tenue interdisant « le port de tout signe d’appartenance religieuse », ce même respect exigé des intervenants extérieurs (extension tout à fait abusive de la loi - que le Conseil d’état a déjà jugée illégale - mais ça, nous ne sommes pas censés le savoir...) implique, par analogie, une même interdiction vestimentaire - par exemple au sujet d’un foulard qui sera qualifié « d’islamique », appliquée à des intervenant-e-s qui ne sont pas fonctionnaires.

Pour ce faire, nous le voyons, les Musulmanes ne doivent plus seulement être désignées par une métonymie de premier degré ("mères portant un voile"), mais en quelque sorte par une métonymie de second degré : "contributeurs extérieurs".

Dans un troisième temps, comme il est exigé de ces contributeurs de "respecter la laïcité" (ce qui est impossible en France avec un foulard sur la tête), la Musulmane pourra enfin, très proprement, être discriminée sans qu’on ait jamais à prononcer son nom.

Faysal Riad

samedi 25 juin 2011

Haïti : A tous ceux que la question de couleur intéresse



A tous ceux que la question de couleur en Haiti intéresse, je leur présente des tranches d’histoire qui pourront servir de corpus en vue d’analyser plus profondément ce problème. En attendant, je constate que ce débat coïncide avec l’arrivée de Michel Martelly au pouvoir dans le pays. Et surtout après avoir désigné Daniel Rouzier comme son premier Ministrable.

Nous sommes en 2001, dans un restaurant de North Miami. J’écoute des musiciens-compas, discuter autour d’un repas qu’ils se partagent. Je choisis de poser une question directe à Robert Martino, le père géniteur (biologiquement et musicalement) des Ti-Mesye de T-Vice. “Est-ce vrai que vos enfants s’étaient laissé aller dans un bal jusqu’à lâcher le fameux slogan: Gen yon mouch ki tonbe nan vè lèt la. Il y a une mouche dans le verre de lait?” C’était la petite phrase assassine qui, à l’époque, alimentait sous forme de rumeur, les conversations entre les jeunes dans les rues de Port-au-Prince, les ruelles de nos bidonvilles et un peu partout à travers le pays. Robert Martino devint subitement rouge de colère. Il avoua que cette rumeur malfaisante était répandue par, tenez-vous bien, MICHEL MARTELLY qui , musicien à l’époque, tentait d’éteindre les T-Vice, groupe rival sur le marché des divertissements tant en Haiti que dans la diaspora. Robert Martino accusa également Martelly d’être commanditaire de l’agression qu’avaient du subir Roberto et Reynaldo, lors du concert de Buju Banton à Drouillard en septembre 1999. En effet, des bouteilles de plastics JUNA remplies d’urine furent balancées sur les fils de Martino par des membres d’un gang de Cité Soleil, en même temps que des accusations verbales de RACISME leur furent lancées. T-Vice étaient obligé d’abandonner la scène musicale et les frères martico furent évacués par les bons soins des policiers. Bon, j’ai vu récemment une vidéo contenant des images de Robert Martino à côté d’autres musiciens animant le bal d’inauguration du mandat présidentiel de Michel Martelly. Mais, cela ne m’empêche pas de souligner que Michel Martelly avait, pour les besoins de ses propres affaires, utilisé l’arme dangereuse de la Question de Couleur contre des musiciens rivaux.

Nous sommes en 2005. Le governement Boniface Alexandre/Gérard Latortue ne semble contrôler que les abords du Palais National. Le quartier devenu ville Cité Soleil est considéré comme l’épicentre du banditisme intra capital. Le kidnapping fait rage. Le célèbre rappeur Wyclef Jean fait jouer la carte de sa proximité avec les éléments du ghetto, en se basant sur son passé d’enfants desprojects de Brooklyn, NY et New Jersey. Il prend l’habitude de pénétrer dans Cité Soleil, zone de-non-droit, (selon le vocabulaire mis dans la bouche des médias par l’ambassade de France) sous les habits du philanthrope. Un après-midi, il se fait accompagner des frères Roberto et Reynaldo Martino ainsi que de leur mère-promotrice et administratrice Jessie Al-Khal. Ensemble, ils distribuent des sacs de riz à la population qui les applaudit. Devant les caméras de télés, les fistons Martino expriment leur satisfaction d’avoir enfin pu “pénétrer dans Cité Soleil. Enfin nous avon accompli notre rêve”. Ils remercient Wyclef de leur avoir offert cette opportunité. Je ne savais pas que Roberto et Reynaldo étaient si profondément marqués par l’épisode sauvage de Drouillard, commanditée selon, ce qu‘ils savaient, par Michel Martelly. Comme sortis d’une séance d’exorcisme, ils ont lavé l’affront et surtout vaincu la peur.

Mais, ce même Wyclef racontera quelques jours plus tard à mon confrère Marcus à Boston, au cours d’un dialogue Off the Record, qu’il était étonné de constater que le préjugé de couleur est plus fort en Haiti qu’aux USA. Dans la soirée, après avoir conduit les frères Martino et leur mère à Cité Soleil, ils s’étaient donné rendez-vous dans une boite de Kenscoff. A son arrivée, Wyclef vit Roberto, Reynaldo et d’autres amis à peau claire assis en cercle. Il tapa sur l’épaule de l’un des deux frères qui, simplement se retourna pour identifier celui qui lui a fait ce geste amical. “Woy Clef. Sak Pase?” lui fut-il dit. Personne n’a daigné lui offrir de s’asseoir, de prendre part à la conversation ou même lui faire l’honneur de vouloir prendre une bière avec lui. Wyclef venait de découvrir que les mêmes qui se battraient pour qu’ils leur ouvrent les couloirs de MTV ou BET, n’étaient pas prêts pour l’accueillir dans leur cercle ou salon en Haiti, parce qu’il fait trop Cité Soleil ou Paysan de la Croix-des-Bouquets.

Venons-en actuellement. Où est Wyclef? Est-il toujours à côté de Martelly? Lorsque j’étais récemment à Port-au-Prince, j’entendais des gens dans l’entourage de Michel Martelly parler de lui avec beaucoup de mépris. “Se moun Site Solèy yo li te ba nou”, comme pour signifier qu‘il n‘aura pas trop d‘influences dans le governement Martelly..
Donc, la question de couleur en Haiti a alimenté un ènième débat. J’applaudis ceux qui proposent que ce thème soit débattu comme un fait social entier, en proposant une méthodologie écartant toute approche émotionnelle ou démagogique. Je plains aussi ceux qui versent dans des arguments creux et défaillants en collant maladroitement l’étiquette de noiriste aux interlocuteurs qui rétorquent que le problème existe bel et bien. Il y a certes ceux qui sont prêts à se couvrir des oripeaux du mulatrisme, adoptant de manière éhontée la posture du sycophante. Il y a aussi ceux qui croient que le temps a fait son oeuvre et que le problème s’est résolu de lui-même. C’est une arnaque intellectuelle. La haute voltige incite ces invertébrés à sécher leurs habits là où le soleil brille.

Norluck DORANGE

lundi 13 juin 2011

Le 23 septembre sera proclamé"Journée du Peuple et de la Culture Afrobolivienne"


La Paz - Bolivie
.- La date du 23 septembre a été déclarée"Journée du Peuple et de la Culture Afrobolivienne" par le biais du projet de Loi présenté ce mercredi (2 juin) par la Commission des Peuples Indigènes Originaires par l'intermédiaire du député Jorge Médina (MAS), afin d'affirmer l'identité et la valeur de la culture de ce secteur de la société.

A cette date, dont la Commission en charge attend la promulgation dans de brefs délais, seront organisées des manifestations culturelles de toutes sortes pour faire connaître la richesse de la culture africaine et ses contributions au développement de la société et la culture de la Bolivie.
CONTRE LE RACISME
De même, la réglementation Envisage de créer la Maison de la Culture Afrobolivienne dépendant du Ministère de la Culture, avec pour tâches spécifiques l'étude, la recherche et la promotion de la culture du Peuple Afrobolivien. Dans ce centreseront réalisées des études et des propositions pour la récupération des savoirs ancestraux, des noms, des événements et les lieux emblématiques de l'histoire Afrobolivienne pour les exposer dans les esplanades, les parcs, les jardins, des avenues et rues.


RACISME 
Toujours dans le sens de la lutte contre le racisme, ce projet aborde les mesures à mettre en place nécessaires à cet effet. Ainsi, l'État élaborera un plan d'actions affirmatives pour la population afrobolivienne, les victimes historiques du racisme et de discrimination. Ces mesures d'action affirmatives permettront de garantir un accès au droit de travailler, à l' éducation, à la santé, aux infrastructures, aux services de base, aux programmes de logements, au crédit productif et à la protection de l'environnement.

RECENSEMENT AFROBOLIVIEN
De même, ce projet cité dans un autre de ses articles la nécessité pour l'Institut National de la Statistique (INE) d'inclure la variable "d'autoidentification Afrobolivienne" dans le bulletin de recensement et dans les enquêtes périodiques.


Enfin, par la promulgation de ladite Loi, est créée la médaille "Pedro Andavares Peralta", qui sera octroyée annuellement le 23 Septembre 23 lors d'une cérémonie spéciale et sera décernée par la Chambre des députés, à toutes les personnes et les institutions qui se seront distnguées pour leur contribution au développement, à la lutte pour la défense des afroboliviens et de leur lutte contre le racisme et la discrimination, les exigences et les conditions ayant été établies par la Résolution de la Chambre indiquée.
El Diario
traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga