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jeudi 22 novembre 2018

Nou tout là, ansanm ansanm é solidè !


Appel à rassemblement citoyen et unitaire, samedi 24 novembre 2018, de 10h à midi, place du marché aux épices à Pointe-à-Pitre, pour manifester notre solidarité envers toutes les femmes et filles victimes de violences, agressions, harcèlements, humiliations, chantages, inceste... en Guadeloupe. 


À l'occasion de la journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes et filles, venez manifester votre solidarité et votre implication en portant du blanc, samedi matin. À midi nous entamerons une marche pacifique vers le Mémorial Acte, pour rendre hommage à toutes celles qui ont souffert et celles qui sont encore maltraitées aujourd'hui, pour porter la voix !!! Faites passer. Tout moun pé vini, fanm et nonm, depwi ou pé ba Nou on fos ! Et dimanche 25, pensez à porter du blanc, et à parler du sujet, où que vous soyez ! Nou tout là !!!

Stéphanie  Mulot

vendredi 10 février 2017

Nous sommes tous Théo


La violence déplacée dont quatre policiers ont fait usage sur un jeune homme jusque là sans histoire, provoque des troubles importants dans son quartier d'Aulnay Sous Bois, et soulève une nouvelle fois la question de l'égalité des citoyens en France.

Dans les pas de l'instruction ouverte pour violences volontaires et viol, je souhaite que justice soit rendue, clairement, et fermement, loin des interprétations et des justifications absurdes qu'il nous est donné d'entendre sur les médias.

Cette banalisation du racisme et les extrémismes en œuvre dans les sociétés occidentales doit continuer à nous interpeller, et à nous mobiliser. Pas seulement parce que nous sommes tous des Théo potentiels, mais aussi parce que nous avons le devoir de continuer à nous battre pour élever les consciences, faire enfin aboutir les luttes d'égalité de nos aînés, et offrir un monde meilleur à nos enfants.
Didier Laguerre,
Maire de la Ville de Fort-de-France

vendredi 14 octobre 2016

Les racines du mal


Si on s’en tient aux statistiques, la Guadeloupe après la Martinique possède le taux le moins élevé d’homicides volontaires de la Caraïbe. Ce constat n’a pas pour but de relativiser l’importance du phénomène de violence dans notre société. Tout homicide est toujours un homicide de trop. Ce qui sur le sujet suscite l’indignation et affole les esprits, ce ne sont donc pas les chiffres. C’est surtout la commission d’homicide par des jeunes à l’égard d’autres jeunes. Le crime n’est pas plus odieux que s’il s’agissait d’adultes, mais le phénomène est nouveau et il dérange. Il nous culpabilise, nous renvoie à nos échecs, à nos manquements.

Dans ces conditions, il est normal que les bonnes volontés se lèvent pour répartir les responsabilités et inviter à trouver ensemble des solutions. Et c’est en leur honneur.

Malheureusement, le phénomène de violence des jeunes a l’air de nous dépasser. D’autant que les clés de sa compréhension manifestement nous échappent. Nous tâtonnons à la recherche d’explications, de solutions. Nous mettons simultanément en accusation, le système éducatif, la drogue, le chômage, la violence dans les médias, les réseaux sociaux… Et comme pour conjurer tous ces maux, nous nous accrochons à notre imaginaire pour redonner vie à une société déjà morte. Nous exhumons la famille d’antan, l’école du passé, l’église de nos parents. Parce que, confusément, nous sentons que la violence des jeunes est le signe paroxysmique d’une vie en commun qui se désagrège.

Comment stopper cette spirale négative ? Réhabiliter l’autorité dans la famille et dans l’école est pour beaucoup une priorité. Avec fermeté, nous devons imposer à nos enfants la contrainte des règles d’une vie en société. Cela marchait avant. Seulement voilà, cela marchait parce que la contrainte, acceptée par les enfants, était légitimée par une autorité reconnue d’eux. Ce n’était pas l’autorité liée au pouvoir des parents ou des professeurs sur les enfants. L’autorité dont il est question était ailleurs. Elle résidait dans quelque chose qui se situe au-dessus de la réalité de ma famille ou de mon école. Elle résidait dans une représentation transcendantale de la Famille et de l’École qui, en tant qu’institution, imposaient à tous le respect. C’est cette représentation symbolique de la famille et de l’école qui jouait un rôle régulateur des conduites et comportements des enfants, et qui les faisait respecter les règles et les normes sociales en vigueur dans notre société. Tout ceci pour dire qu’une organisation juridique ne peut produire du commun dans une société que parce qu’elle est couplée à une organisation symbolique. C’est un invariant anthropologique vérifiable dans le temps et dans l’espace.

Aujourd’hui, ça a l’air de ne plus marcher. Parce que nos enfants, dit-on, auraient changé dans leurs comportements. Ils ne respectent plus rien. C’est vrai que le comportement des jeunes d’aujourd'hui tranche nettement avec celui de ceux d’hier. Mais ils ne sont pas les seuls à avoir changé. Leurs aînés aussi ont changé. Leur changement à eux fait moins désordre, parce qu’il investit moins que celui des jeunes le registre de la délinquance et des incivilités.
Au demeurant, tous ces changements s’inscrivent dans une logique. Avec l’évolution de l’organisation surtout matérielle de notre société, les subjectivités individuelles au fil du temps se sont modifiées. Notre manière de nous représenter et notre manière d’être dans le monde ont suivi cette évolution. Ce qu’on n’a pas vu venir et qui perturbe assez profondément notre vie en commun, ce sont les conséquences négatives de ces changements sur l’ordre symbolique tel qu’il existait par le passé.

Comme pour compenser le processus de désagrégation de notre vie en commun, nous cherchons à faire corps en pointant dans un esprit de contrition notre responsabilité collective dans les causes à l’origine des phénomènes de déviances qui gangrènent notre société. Or, les causes profondes selon nous sont ailleurs. Elles sont dans ce qu’il est convenu d’appeler la « mondialisation » et sa logique néolibérale. De manière multiforme ce phénomène agit sur les consciences individuelles et collectives partout dans le monde. Grâce en particulier à l’extraordinaire développement des moyens et techniques de communication mettant en contact en temps réel les habitants de la planète, la mondialisation contribue à produire des formes de subjectivité de moins en moins marquées culturellement. Ainsi, le numérique, sous toutes ses formes et principalement par le biais d’internet, est devenu un lieu virtuel d’appartenance transcendant les appartenances culturelles. Il offre la possibilité aux individus dans le monde entier de puiser dans la circulation planétaire de l’information des éléments de leur construction identitaire, en mettant à distance les contraintes normatives en rapport avec l’organisation symbolique des sociétés dans lesquelles ils vivent.

Pour autant, parvenir à la conclusion que la mondialisation serait responsable de la mort chez nous d’un jeune agressé par un autre jeune pour lui voler son portable, n’a évidemment pas de sens. Par contre, nous pensons que les raisons qui poussent aujourd’hui les jeunes à s’entretuer sont très certainement en rapport avec les formes de subjectivités produites par la mondialisation ; et qui font que tout en étant membres d’une communauté, les individus finissent par exister pour eux-mêmes. Ce phénomène d’individuation interprété à tort par certains comme l’expression de la conquête d’une liberté plus grande, ne libère pas davantage l’individu, mais libère surtout les forces enfouies de l’ego, comme les pulsions qui peuvent être des pulsions de mort pour utiliser un langage freudien.

Sans qu’on s’en rende compte, pour la première fois de son histoire l’humanité est sans doute en train de vivre une mutation d’ordre anthropologique dont les signes sont visibles dans la transformation du rapport des individus aux réalités extérieures. Aussi bien chez les adultes que chez les jeunes, il y a comme un désir de chercher la reconnaissance, l’estime de soi, en affranchissant son égo des contraintes de ces réalités. Ce phénomène est particulièrement sensible dans le rapport au savoir, si essentiel dans le mécanisme de transmission des valeurs nécessaires à la construction des identités collectives. En puisant de manière passive, sans distanciation critique dans toutes sortes de médias des éléments de savoir hétéroclites, les individus développent un rapport narcissique au savoir. Ils l’expriment en délégitimant tous les savoirs autres que le leur, y compris le savoir scientifique. Les élèves contestent de plus en plus la validité du savoir de leur professeur, et le patient va jusqu’à contester le diagnostic de son médecin.

Il ne s’agit pas pour nous de céder à la résignation, mais soyons lucides. Nos valeurs identitaires familiales ou sociales, passablement affaiblies, ne constituent plus une arme efficace pour réguler le comportement de nos enfants. Dans ce monde naissant, chargé d’incertitudes, les jeunes sont les principales victimes. Privés de repères pouvant donner sens à leur existence, ils manifestent leur besoin d’exister en basculant dans la violence. Cela se vérifie surtout chez ceux ayant un esprit fragile. C’est donc dans des modes d’encadrement permettant à ces jeunes de se soustraire autant que faire se peut du monde de l’ignorance, que nous parviendrons sans doute à les éloigner du monde de la violence.

Georges Trésor

dimanche 18 septembre 2016

La Guadeloupe faits divers après faits divers découvre l'enracinement de la violence dans notre société.


Dernier fait tragique en date, le 13 septembre un jeune lycéen de 15 ans a trouvé la mort de 7 coups de couteau portés par un autre jeune âgé lui aussi de 15 ans et cela pour lui dérober son téléphone portable.

Force est de constater qu'une partie de nos jeunes, les plus fragilisés, se sont laissés emporter par cette société caractérisée par l'individualisme, le matérialisme, la perte de la conscience de nous-mêmes pour embrasser un consumérisme qui tient lieu de marqueur social. Dis-moi quelle marque tu portes, si tu as une villa ou dans quelle voiture tu roules, je te dirais qui tu es.

La société du paraître a pris le pas sur celle fondée sur les valeurs traditionnelles guadeloupéennes.

Nous sommes devenus à force de renoncement à nous assumer pour rester dans l'opulence de la société de consommation un peuple schizophrène enfantant des enfants désorientés nourris des représentations véhiculées par les médias et les réseaux sociaux.

Tous les gendarmes et tous les policiers dépêchés en urgence à la demande d'une classe politique qui a faillit à sa mission durant ces quarante dernières années ne pourront pas régler le problème de fonds de la société guadeloupéenne.

Voulons-nous des caméras de surveillance partout, des sociétés de gardiennages privées armées jusqu'aux dents faisant des rondes, la multiplication des prisons pour enfermer délinquants et malades mentaux produit par le système que nous cautionnons en campant sur nos sois disant privilèges d'aujourd'hui ?

Ou voulons-nous nous prendre en mains collectivement pour assurer notre destin et offrir une éducation notre jeunesse correspondant à notre réel et des perspectives d'avenir ?

Jean-Jacob Bicep


jeudi 15 septembre 2016

24 h d’un drame de la violence en Guadeloupe dans les médias et réseaux sociaux



1- Annonce du drame par les médias.

2- Effarement sur les réseaux sociaux, multiplication des posts Facebook et des hashtags #NouRivéLaNouTéKay #JaiMalAMonIle #SatanRivé

3- Des vidéos du drame circulent. Les gens partagent sur les groupes Whatsapp. Les mêmes gens postent des statuts indignés sur les gens qui partagent ces vidéos. Ah.

4- France Antilles titre « Piqué pour un portable, la goutte de trop ». Page de gauche : les chiffres de la violence 2016 : 22 crimes de sang. Page de droite interview croisée de Raphael Speronel/Erol Nuissier psychologues : « La société guadeloupéenne est violente ». Analyse.

5- « La nouvelle équipe ne fait rien » Victorin Lurel est effaré. « L’ancienne équipe n’a rien fait » Ary Chalus est en colère. Le Maire de Pointe à Pitre ne comprend pas. Le maire des Abymes ne comprend pas. La Région est « endeuillée et va prendre des mesures ». C’est la faute de l’abandon de la France. Du Ministre de l’Intérieur. De François Hollande. Ibo Simon rappelle qu’il nous avait prévenus. 

6- Les guadeloupéens proposent une Marche pour la paix. D’autres qu’on « pende par les graines ces petits makomè ». Point makomè atteint. C’est la faute des Illuminatis. De Babylone. Des clips. De Rihanna. Des Iphones à l’école qui devraient être bannis. Des allocs. Du rimé bonda à la Mercury day. Des dominiquais (sauf le 28 octobre, World music festival). Des Haïtiens (sauf T Vice). De l’arrêt du service militaire. Jamais des parents, ni des guadeloupéens. 

7- Brother Jimmy poste une analyse lucide. On se rappelle son post FB de 2009.2010.2011.2012.2013.2014.2015.

8- Un infographiste publie un visuel « Pray for Guadeloupe ». “Je suis Guadeloupe”. Changement des bannières Facebook.

9- Écœurement. Chacun cherche une solution « contre la violence. M. R pense qu’il faut « tchouyé les vermines ». Madame F cite un passage de la Bible « C’est l’apocalypse ».

10- Keros-n est invité par Guadeloupe 1ère pour un « débat contre la violence ». C’est la faute du dancehall. C’est la faute du bouyon. C’est la faute de la trap. Analyse des clips de Russi-la. Ahou ahou. Keros-n rappelle le rôle des parents. Diffusion du clip « Madame » de Keros-n. Il parle bien mais les gens "préfèrent la musique d’Admiral T". Le gendarme invité s’en fout. Il confond les deux sur le plateau.

11- Les télévisions françaises rediffusent le reportage « Violence sous les tropiques ».

12- Les éducateurs de rue, les professeurs, les gens sur le terrain se disent abandonnés. 1500 likes. 550 partages.

1 jour, 2 jours, 5 jours, 1 mois. La vie reprend son cours. Nouveau drame. Repeat.



Nelly Schuster

samedi 17 septembre 2011

Il brûle les pieds de la fillette de 3 ans parce qu'elle fait pipi dans la voiture


TRIBUNAL CORRECTIONNEL. Dossier sordide hier matin devant le tribunal correctionnel. Un dossier qui voit un ti père devenir tellement violent, qu’il va jusqu’à brûler avec son briquet la plante des pieds d’une petite fille de trois ans parce qu’elle venait de faire pipi dans sa voiture.
“On vous a déjà brûlé la plante des pieds”, interroge la substitut du procureur Élise Tamil. Silence gêné de Jean Daniel Somera-Moti, prévenu de violences volontaires sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité et ayant entraîné une incapacité supérieure à huit jours. Et les faits qui lui sont reprochés sont particulièrement ignobles. Le 13 août dernier, Jean Daniel Somera-Moti conduit sa voiture avec sa belle-fille âgée de trois ans. Soudain, la fillette se laisse aller en faisant pipi dans sa culotte. Furieux, l’homme arrête son véhicule dans un champ de cannes à Sainte-Anne, s’empare de son briquet, l’allume et laisse la flamme une dizaine de secondes sous la plante du pied gauche de la petite fille. En rentrant à la maison, la mère de famille s’aperçoit des brûlures et conduit sa fille à son médecin traitant qui décide immédiatement de la faire évacuer vers l’hôpital de Bellepierre. Sur place, les médecins constatent non seulement les brûlures au second degré mais aussi que la fillette est presque chauve. Interrogée par les praticiens, la petite victime explique que son beau-père lui tire aussi les cheveux jusqu’à la soulever de terre. Juste après ses déclarations, la mère de la victime décide de déposer plainte avant de la retirer en expliquant que sa fille s’était peut-être brûlée en marchant sur des braises. Interpellé et placé en garde à vue, Jean Daniel Somera-Moti reconnaît les faits, expliquant aux enquêteurs, qu’il a fait cela pour la corriger d’avoir fait pipi dans sa voiture. Il poursuit en admettant lui tirer les cheveux régulièrement “au moins deux à trois fois par semaine “ pour la corriger car “elle ravage “.
Presque chauve à force de se faire tirer les cheveux
Entendus eux aussi, les autres enfants de la mère racontent avoir peur de “tonton” qui les frappent régulièrement à coups de poing, de pied, de ceinture, voire à coups de canne sur les jambes. Interrogé par le président, le prévenu répond : “Les autres enfants ont peur de moi parce que je ne suis pas leur père”. Élise Tamil, la substitut du procureur va se montrer intraitable et impitoyable. “La situation est inquiétante. Il y a presque eu mutilation sur une fillette de 3 ans. La mère n’est absolument pas protectrice”, lance la représentante du parquet. “Cette petite fille a été placée tandis que les autres enfants sont maintenant chez la grand-mère. Les violences sont quasi quotidiennes. Cette fillette est presque chauve et les violences ont été crescendo jusqu’à cette torture au briquet. Ces violences sont totalement disproportionnées et cela n’est pas digne d’un adulte. Il n’a aucune circonstance atténuante et il ne mérite aucune clémence ”, termine la magistrate en requérant une peine de 18 mois dont six avec sursis avec obligation de soins et de travail mais surtout la substitut va requérir un mandat de dépôt à l’audience. C’est une tâche difficile qui attend Me Jacques Hoarau pour la défense du prévenu. Évitant de revenir sur faits, l’avocat dionysien va plaider le changement de son client. “Il a pris réellement conscience de ce qu’il a fait. Il entend le jugement et il peut le comprendre. Mon client a surtout besoin d’une thérapie “, lance Me Hoarau. “La décision du tribunal doit être une compréhension de l’homme et pas des faits. Il regrette, il demande et il est sincère. La brutalité du jugement pour la brutalité des faits ne peut pas résoudre ce dossier ”, conclut Me Jacques Hoarau. Daniel Somera-Moti a été condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis avec obligation de soins, de travail et d’indemniser la victime. De plus, concernant la peine d’emprisonnement ferme, le tribunal a ordonné le mandat de dépôt à l’audience. Depuis hier, Daniel Somera-Moti dort dans une cellule du centre pénitentiaire de Domenjod

Jérome Leglaye

jeudi 7 juillet 2011

Haiti : un témoignage de la violence du pays



Il y a du travail à faire dans notre pays... Beaucoup de personnes que je connais souhaiteraient venir en Haïti. Mais préfèrent se rendre en République Dominique qui leur garantie une meilleure sécurité. Si on est obligé de s'armer, d'avoir des gardes du corps autour de soi, ce n'est pas une vie. Le témoignage apporté là, n'est pas malheureusement un acte isolé. je connais une personne qui s'est faite dépouiller il y a quelques mois à Port au Prince, il me disait oh combien il a eu la peur de sa vie, quand cet homme lui a braqué un pistolet lui prenant argent ( il sortait de la banque ), portable etc...

vendredi 24 juin 2011

Décès de Serge Démosthène : un dossier encombrant



Encore une fois, des révélations du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) dérangent. Un prévenu est mort dans des circonstances douteuses au commissariat de Pétion-Ville. La police a vite tenté d’expliquer et le commissaire du gouvernement a dû se défendre. Accusateur, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) affirme que « les exécutions sommaires, les tortures et les disparitions » sont aujourd’hui monnaie courante au sein de l’institution policière.

Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) pointe du doigt les policiers du commissariat de Pétion-Ville dans la mort de Serge Démosthène. Ce dernier a été arrêté lors d’une intervention musclée de la police de Pétion-Ville dans le quartier de Péguy-Ville. Il serait, selon le commissaire de police Vanel Lacroix, l’un des assassins de Guiteau Toussaint, président du Conseil de la Banque nationale de crédit tué chez lui le 12 juin dernier.

Sévèrement torturé au moment de son arrestation, M. Démosthène a été ensuite ramené chez lui pour assister à la perquisition de son domicile. Même des proches du prévenu, présents au moment de l’opération, ont été physiquement agressés par des policiers, toujours selon le réseau de défense des droits humains. Le cortège dirigé par le commissaire Lacroix a finalement conduit le citoyen suspect au commissariat de Pétion-Ville et son cadavre a été retrouvé quelques jours plus tard à la morgue de l’hôpital général.

Selon le RNDDH, le chef du parquet de Port-au-Prince, Me Harrycidas Auguste, était le témoin passif des actes de tortures exercés par les policiers sur le citoyen arrêté. Me Auguste a vite fait de se défendre.

La version de Me Harrycidas Auguste

Le chef du parquet de Port-au-Prince explique que le nommé Serge Démosthène a été arrêté vers 7 heures 30 du matin, le 15 juin 2011, dans le cadre de l’enquête ouverte sur la mort tragique du président du Conseil de la Banque nationale de crédit (BNC), Guiteau Toussaint. Au moment de quitter son bureau vers les 7 heures du soir, il a appelé le commissaire Lacroix pour avoir des informations sur l’avancement du dossier. L’officier de police lui a appris la détention de deux individus dont l’un a avoué avoir assassiné le célèbre banquier, Guiteau Toussaint. Me Harrycidas Auguste dit être arrivé au commissariat de Pétion-Ville quelque douze heures après l’interpellation du suspect. « Je suis rentré au bureau du commissaire Lacroix, et j’ai remarqué un homme menotté, visiblement maltraité et allongé à même le sol. On me l’a alors présenté comme celui qui a avoué avoir tué le président du Conseil de la BNC ». Me Auguste dit avoir ordonné que le prévenu, apparemment « victime d’une crise », soit transporté à l’hôpital après prélèvement de son empreinte par la police scientifique dépêchée sur place. Le commissaire Auguste précise que M. Démosthène est mort à l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) et non au commissariat de police, comme le prétend le RNDDH.

Cependant, s’il est vrai que le commissaire du gouvernement a été appelé pour auditionner un assassin qui a confirmé son implication dans le meurtre de M. Toussaint, Me Auguste confie que la réalité constatée à son arrivée était bien différente. Sans plus de précisions, le parquetier doute de l’aveu attribué à M. Démosthène. Justice pour Démosthène !

L’avocat de la victime, Me Hugues Sylvain, croit que son client a été utilisé comme cobaye dans des manœuvres visant à brouiller les pistes pouvant conduire aux vrais coupables du crime crapuleux commis sur le banquier. Il promet d’aller jusqu’au bout de ce dossier afin que justice soit rendue à la famille de son client tué. « Les agresseurs de Démosthène devront payer leurs forfaits », laisse entendre l’homme de loi. Serge Démosthène est, à ce jour, l’une des dernières victimes de la Police nationale d’Haïti, souligne le RNDDH. Rejetant la version donnée par la police, le réseau informe que Serge Démosthène a été arrêté en compagnie de Kesthène (ainsi connu) dans le cadre d’un conflit terrien qui les opposait à un policier. Conduits au commissariat de Pétion-Ville, ils auraient été soumis à un interrogatoire musclé par les policiers, sous les yeux complices du commissaire du gouvernement, Me Harrycidas Auguste et du commissaire principal dudit commissariat, Vanel Lacroix. Ainsi, Serge Démosthène est mort des suites des sévices corporels soufferts au commissariat, affirme Marie Yolaine Gilles du RNDDH. Quant à Kesthène, après deux visites à la prison de Pétion-Ville, les responsables de l’organisation de défense des droits humains n’étaient pas en mesure de vérifier sa présence à la garde à vue. Le Réseau national de défense des droits humains en profite pour appeler l’Inspection générale de la PNH à diligenter une enquête sur des cas de violation des droits humains (tortures et exécutions sommaires) qui seraient enregistrés notamment aux commissariats de Pétion-Ville, Cité Soleil, de Jacmel et au sous-commissariat de Grand Ravine, en mettant un accent particulier sur le cas de Serge Démosthène. Le RNDDH demande que les coupables soient arrêtés et déférés par-devant la justice afin de mettre un terme à ces pratiques inhumaines dans les prisons et commissariats. L’Inspection générale de la PNH annonce, dans la foulée, l’isolement de 5 policiers impliqués dans l’arrestation et l’interrogatoire de M. Démosthène. Une enquête est ouverte pour élucider les circonstances dans lesquelles le nommé Serge Démosthène a trouvé la mort, selon l’annonce faite par le commissaire du gouvernement, Me Harrycidas Auguste. James Dufresne
James Dufresne

samedi 18 juin 2011

Insécurité en Haïti, une pente fatale pour l’Etat Haïtien



Haïti est devenue tristement célèbre à cause des actes d’insécurité, de corruption et de l’impunité qui, chaque jour d’avantage, font la une des journaux du pays comme de ceux de l’étranger. Il ne passe pas un jour sans qu’un cas d’insécurité (assassinats, kidnapping, menace de mort, viol, vol, etc.) ne soit recensé.

La liste est longue mais l’on ne peut pas passer sous silence l’assassinat d’un étudiant en sociologie de la Faculté d’Ethnologie, le mois dernier, au champ de mars, après avoir été dépouillé de ses documents et de son argent ;
La mort du Dr Ronald Joseph, assassiné en plein jour le 3 Aout 2010, jour de l’anniversaire de l’assassinat du prête catholique engagé Jean Pierre Louis, dit Ti Jan ;

Ensuite, le week-end du 12 juin 2011, près de Miragoane, chef-lieu du Département des Nippes, les habitants et les habitantes de la zone ont découvert les corps de huit (8) personnes (5 femmes et 3 hommes), apparemment assassinées à l’arme blanche, jetés dans les ordures. Les habitants de la rue 3, au Cap-Haitien ont également découvert, le matin du lundi 13 juin 2011, les corps d’une fille et d’un garçon. Ces corps ont été déposés dans une morgue de la ville après le constat du Juge de paix de la ville, Alexis Nivrose.

En plus, au moins 5 cas de kidnapping sont enregistrés chaque mois sans compter les cas où les victimes ne veulent pas porter plainte, selon un responsable de la Direction centrale de la Police judiciaire.

Enfin, sur ces actes déjà troublants vient s’ajouter le terrible assassinat du Président du conseil d’administration de la Banque nationale de crédit(BNC), l’économiste Guiteau Toussaint. Cet assassinat plonge le pays dans une grande consternation, car l’administration publique haïtienne vient de perdre l’un de ses joyaux dans le domaine bancaire.

Personne n’a le droit de violer l’enceinte d’un domicile privé sans autorisation légale ou celle du propriétaire selon les articles 36 et 43 de la constitution de 1987. Pourtant, les Haïtiennes et les Haïtiens, depuis quelque temps, ne se sentent pas en sécurité ni au sein de leurs maisons, ni sur leurs lieux de travail.

La question de l’insécurité est étroitement liée aux phénomènes de la corruption et de l’impunité occasionnant souvent des violations des Droits humains dans le pays. Car le droit a la vie est garanti par la constitution de 1987 dans son article 19 et par la Déclaration universelle des Droits de l’homme, en son article 3.

Devant cette situation inquiétante, la Plateforme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains (POHDH) rappelle aux autorités étatiques du pays que :
- l’Etat, par le biais de l’institution policière, a l’impérieuse obligation de garantir l’ordre public et la protection des vies et des biens des citoyens conformément aux prescrits de la loi mère dans son article 269-1 ;
- Il est du ressort des autorités concernées de combattre l’impunité et de mettre sur pied un ensemble de procédés visant à décourager ces actes de violences ;
- Il est de la responsabilité de la police et des autorités judiciaires de rechercher, juger et condamner les auteurs intellectuels et matériels de ces actions criminelles ;
L’insécurité, la corruption et l’impunité ne font pas bon ménage avec le respect des Droits de la personne. Ainsi, la POHDH condamne-t-elle, dans toute sa rigueur, ces actes crapuleux commis sur des citoyens et des citoyennes paisibles et utiles au pays et lance un appel solennel à l’Etat haïtien, lui demandant de prendre toutes les mesures nécessaires en vue d’’assurer la sécurité des citoyennes et des citoyens dans le pays.

Port-au-Prince, 17 juin 2011


Antonal MORTIME 
Secrétaire Exécutif de la POHDH