dimanche 17 février 2013

Forest Whitaker a été fouillé dans un magasin à New York


Forest Whitaker a été fouillé dans un magasin à New York, le vendredi après qu'un employé l'ait accusé d'avoir volé. Il a été fouillé à la vue de tout le monde.

Bien sûr, la palpation n'a rien donné. L'employé aurait alors demander l'acteur détenteur d'un Oscar de ne pas les gérants du magasin par crainte pour son job.

Forest, à son tour, a demandé que le magasin modifie ses comportement et attitude envers le public de facon juste et équitable dans le futur.

Comme vous le constatez, même un Oscar ne peut empêcher un homme noir d'être soupconné de crime...

jeudi 14 février 2013

Guadeloupe :Le "Massacre de la Saint-Valentin" (14 février 1952)




Le 14 février 1952 un mouvement d'ouvriers et de paysans de l'industrie sucrière est réprimé dans le sang, faisant 4 morts et 14 blessés chez les habitants de l'île. Commémoré tous les ans comme le "Massacre de la Saint-Valentin", les grévistes ont affrontés les CRS dans la commune du Moule, siège de plusieurs usines de sucre et distilleries de rhum. La commune est également le seul port de la côte atlantique. 


Le mouvement, mêlant planteurs et colons dans toute la Guadeloupe, avait commencé en novembre 1951 dans le nord de la Grande-Terre à la suite de l'échec des négociations entre les patrons"békés" et les salariés sur la fixation du prix d'achat de la canne à sucre et les salaires.

En janvier 1952, les fonctionnaires rejoignent le mouvement des ouvriers et des cultivateurs, réclament également une augmentation des salaires. Une grève générale affecte toutes les plantations et s'étend du Moule à Capesterre, Sainte-Rose et Anse Bertrand.


Le 11 février, les forces de l'ordre s'installent au Moule. L'intervention est préparée entre les CRS et les propriétaires d'usine. Le 14 février, les grévistes érigent un barrage à l'entrée du boulevard Rogé afin de barrer l'accès des charrettes chargées de canne à sucre à l'usine Gardel.


Les policiers tirent dans la foule désarmée, tuant quatre Guadeloupéens et blessant 14 autres. Parmi eux figures de simples passants ou des curieux, n'ayant aucun lien avec le mouvement social. 

Tous les ans, les organisations syndicales de l'île organisent le 14 février des manifestations en mémoire des victimes. Une stèle est érigée devant le cimetière de la commune.



Les émeutes des 26 et 27 mai 1967



Le bilan de ces deux journées d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre n'est toujours pas connu précisément, variant entre 7 et 87 morts. Le secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, Yves Jégo s'est engagé à "faire la transparence" sur ces évènements tragiques. Les ouvriers du bâtiment, se mettent en grève dès le début du mois, réclamant 2% d'augmentation et l'égalité dans les droits sociaux. 

L'importance de la mobilisation et l'extrême tension sociale conduit le patronat à ouvrir des négociations le 26 mai à la Chambre de commerce (CCI) à Pointe-à-Pitre. L'inspection du travail, la délégation syndicale de l'UCGT et la délégation patronale. 


Des manifestants se sont massés Place de la Victoire, devant la CCI, en soutien aux représentants syndicaux. Mais les négociations échouent et la foule composée de militants de la première organisation indépendantiste de l'île (GONG : Groupe d'organisation nationaliste de la Guadeloupe) se révolte. Les CRS chargent et tirent. L'une des premières victimes est Jacques Nestor, un militant du GONG, très populaire à Pointe-à-Pitre. 



Le lendemain, des milliers de lycéens et étudiants descendent dans la rue afin de soutenir la lutte des ouvriers. De nouveau, les forces de l'ordre font usage de leur arme. Les affrontements s'étendent à toute la ville : voitures brûlées  pillages. Le calme revient le 28 mai.



Des réquisitions et de nombreuses arrestations auront lieu, notamment parmi les militants du GONG. Ils seront condamnés et emprisonnés en métropole, pour atteinte à l'intégrité du territoire national.

CHALVET : 14 FÉVRIER 1974, UNE DATE DE L'HISTOIRE MARTINIQUAISE

Tableau: Claude Cauquil 
"Chalvet 1974" est à n'en pas douter; l'un des évènements les plus marquants dans la mémoire collective du monde agricole et des Martiniquais.

Le 13 février 1974, la capitale de la Martinique est paralysée par des grèves commencées depuis le 17 janvier et qui allaient encore se durcir car les négociations entre patrons et les ouvriers n'ont rien donné. La grogne gagnait plusieurs communes; Rivière Pilote, le Lamentin, le Robert et Gros Morne. Les employés du public, du privé, les ouvriers, tous faisaient entendre leurs revendications. Les gendarmes qui avaient pour rôle de maintenir l'ordre rencontraient partout de grandes difficultés. La tension était à son comble dans le pays et la moindre manifestation se soldait par l'intervention des policiers qui étaient régulièrement assaillis par des jets de pierres. Ils répondaient à coups de gaz lacrymogène.

C'est dans ce contexte de crispation que la tragédie du jeudi 14 février va se dérouler, ce jour là partout dans l'île des foyers de protestations se déclaraient, les autorités avaient décidé de mettre un terme à la révolte ouvrière. C'est ainsi que dans le milieu de la matinée, sur le plateau de Chalvet à Basse Pointe les ouvriers se sont retrouvés nez à nez avec les forces de l'ordre. Ces derniers n'ont pas hésité à utiliser leurs armes. Au cours de cette fusillade de nombreux blessés, un gendarme aura également la main tranchée, il y a un mort : llmany Sérier, dit Renor, 55 ans, père de famille nombreuse. L'émoi est considérable les gendarmes sont accusés de meurtre.

llmany Sérier est enterré le surlendemain au Lorrain. Des centaines de personnes défilent derrière les centrales syndicales, les mots d'ordre syndicaux sont remplacés par des cris de vengeance "Orsetti assassin", "llmany nous te vengerons" et par des slogans politiques "à bas la répression coloniale, songé l'Algérie, songé l'lndochine, Martinique lévé". Deux heures avant l'enterrement, le corps d'un jeune homme de 19 ans ,Marie Louise, est découvert sur une plage de Basse Pointe, non loin de Chalvet. Des dizaines d'habitants s'agglutinent autour du corps et très vite les témoignages laissent entendre que Marie Louise figurait dans un groupe impliqué dans un affrontement avec les policiers.

Il a fallut ces deux morts de ce mois de février pour mettre un terme à la grève puisque le protocole de fin de conflit est signé le 19 février avec les syndicats. La détermination des ouvriers a permis de remporter une grande victoire pour le monde agricole. Les circonstances de la mort de Marie Louise n'ont jamais été élucidées et jusqu'en octobre 1974, plusieurs des ouvriers agricoles ou indépendantistes ont été arrêtés par les gendarmes. Par exemple, Alex Ferdinand; professeur d'histoire, a fait plusieurs jours de prison. Il a été arrêté et poursuivi pour entrave à la liberté de travail et violences à agents. Les poursuites judiciaires se sont soldées par des peines de prison avec sursis que l'amnistie est venue effacer.

14 FEVRIER 1974 EN MARTINIQUE, LA TUERIE DE CHALVET AU LORRAIN

 Ilmany Sérier dit Renord
"Il y a 30 ans, deux ouvriers agricoles grévistes étaient assassinés à Chalvet au Lorrain En Martinique, le 14 et le 16 février 1974, étaient des journées noires.

Renord Ilmany, ouvrier agricole gréviste de 55 ans était assassiné par les gendarmes au lieu-dit Chalvet sur la commune de Basse-Pointe. Une embuscade avait été tendue contre les grévistes regroupés sur l’habitation Fonds Brulé au Lorrain. Une dizaine de camions de gendarmes poursuivaient les grévistes qui regagnaient en groupe la commune de Basse-Pointe. Un hélicoptère crachait sur eux des grenades lacrymogènes. C’est à ce moment que les ouvriers, accompagnés de jeunes militants, ont été pris en chasse par les gendarmes qui ont tiré. Plusieurs ont été blessés, Omer Cyrille, Guy Crétinoir, Rasroc, François Rosaz. Renord Ilmany est tué. Dans cette tuerie, un autre ouvrier trouvera la mort. Un jeune ouvrier maçon, gréviste, Georges Marie-Louise, sera retrouvé deux jours plus tard, gisant mort à l’embouchure de la rivière Capot également dans la commune du Lorrain, probablement après avoir été frappé à mort par les membres des forces de répression, gendarmes ou autres. La soldatesque s’était une fois encore déchaînée contre des travailleurs en grève pour défendre leur pain et leurs droits.

LA SITUATION SOCIALE EN 1974
La situation des classes laborieuses s’était dégradée. Dans les années 70, les dernières usines à sucre avaient cessé de fumer. Pour les possédants, les békés, la canne ne permettait plus de faire suffisamment de profits. Après avoir touché des millions de subventions de l’Etat, ils avaient fermé les usines à sucre et investi dans l’import-export. De grands super-marchés apparaissaient. Des masses d’ouvriers agricoles perdaient toutes ressources, surtout les plus âgés. Les plus jeunes avaient pu trouver un emploi dans le bâtiment ou sur les plantations de bananes qui avaient pris la place des champs de cannes.

Les années 70 sont aussi marquées par des hausses de prix importantes. Les capitalistes ont décidé de faire payer la crise du pétrole aux masses laborieuses. Le gouvernement français à leur service, fait marcher la planche à billet. Le passage au nouveau franc complique encore les choses pour les travailleurs et rend le coût de la vie de plus en plus élevé. Tout est cher: l’essence, les transports, les marchandises de première nécessité, huile, pain, farine, poisson. La misère s’installe dans les foyers des travailleurs. Parallèlement, on assiste à une recrudescence de l’arrogance des patrons, et de l’administration coloniale qui voudraient imposer à la population ce recul social. Alors, les escarmouches de type raciste se multiplient entre patrons békés et travailleurs et chômeurs. En Martinique, le Conseil Général dirigé par Emile Maurice et sa majorité de droite suit fidèlement cette politique.

LES TRAVAILLEURS NE SE LAISSENT PAS FAIRE
Dès la fin de l’année 1973, on assiste à une multiplication des conflits. Les travailleurs revendiquent des augmentations de salaire importantes pour compenser les hausses des prix. Ils refusent le saupoudrage et les miettes acceptées trop souvent par les directions syndicales.

Les salariés du journal France-Antilles dressés contre leur patron Hersant font grève depuis deux mois. Les ouvriers du Bâtiment sont à leur troisième semaine de grève illimitée. Ils exigent 25% d’augmentation sur leur salaire. Après le 28 décembre 1973, les salariés de l’ex-SPEDEM, aujourd’hui EDF Martinique, se préparaient eux aussi à rentrer en grève, suite à une entourloupette du préfet de l’époque, le dénommé Orsetti, qui renvoyait une négociation prévue sur leurs revendications à la fin du mois de janvier. Ils rentrent en grève non-limitée le 7 février. Lorsque l’administration décide début janvier d’augmenter le tarif des cantines, les collégiens des CET, fils et filles de travailleurs, vont eux aussi descendre dans les rues pour refuser les augmentations. Ils auront le soutien de leurs parents et de l’ensemble de la population et se trouveront bien souvent au coude à coude avec les grévistes, notamment ceux du bâtiment, dans les manifestations.

Les ouvriers agricoles eux aussi sont en grève depuis le 17 janvier 1974, pour des augmentations de salaire . Ils réclament notamment la suppression du SMAG qui est le salaire minimum garanti dans l’agriculture, plus bas que le SMIG et veulent un salaire de 35.46F pour huit heures de travail. Sur certaines plantations, ils sont aidés par de jeunes militants issus du mouvement nationaliste.

PRÉPARATION DE LA GRÉVE GÉNÉRALE DU 12 Février

Devant l’ampleur des mouvements sociaux, les directions syndicales de l’époque, la CGTM, la CGTT-FO, et CFTC ont lancé un mot d’ordre de grève générale illimitée à partir du 11 février. Elles ont mis sur pied une plate-forme de revendications en 12 points dont l’alignement du SMIC et les allocations familiales sur ceux de la France. Mais ces directions, apparaissaient plutôt timorée à beaucoup de travailleurs. Elles ne semblent pas prêtes à faire réellement du 12 février un succès pour arracher les revendications ouvrières, elles ne se montrent pas présentes aux côtés des grévistes.

Pourtant dans les secteurs en lutte, la détermination des travailleurs est grande et les grèves se sont radicalisées face à l’arrogance patronale (coupures d’électricité, débauchages sur les chantiers, riposte à coups de pierre aux interventions policières dans les manifestations).

Alors, des jeunes travailleurs, certains d’entre eux politisés, appelleront leurs camarades à prendre leur mouvement en main et à mettre en place des «comités de grève» pour garder le contrôle du mouvement jusqu’à la satisfaction des revendications. Et les travailleurs des secteurs en lutte se rejoignent à la Maison des Syndicats, ou encore dans les manifestations, lors des débauchages.

SUCCÈS DE LA GRÉVE DU 12 FÉVRIER ET DU 13 FÉVRIER
Le 12 février, environ 5000 travailleurs de tous les secteurs, se retrouvent dans les rues de Fort de France pour réclamer des augmentations de salaires, fustiger les patrons et le gouvernement. Les jeunes des collèges et des lycées sont également dans les rues. Fort de France est ville morte. En fin de journée, la grève est reconduite après une assemblée générale des travailleurs à Fort de France. Le lendemain, la situation est tendue. Après plus de deux mois de grève pour certains secteurs, l’heure n’est pas aux défilés-promenade. Des grévistes se répandent par petits groupes dans les rues de Fort de France. Ils obligent les magasins qui ont ouvert leurs portes à baisser les rideaux pour respecter la grève. Au soir du deuxième jour, la grève générale n’est pas arrêtée. Mais les directions syndicales tirent en arrière. Elles craignent d’être débordées par la base, trop déterminée. Les partis politiques tels le PCM ou le PPM, iront jusqu’à faire chorus avec l’administration en dénonçant dans leur presse ou dans des communiqués, les «agitateurs gauchistes» .

LA TUERIE DE CHALVET
C’est dans ce contexte, que la préfecture avec à sa tête le préfet Orsetti et à la demande du patronat de la SICABAM (organisation des planteurs békés de l’époque), décidera de mettre un coup d’arrêt sanglant à cette grande mobilisation ouvrière. C’est dans les champs de banane au Lorrain qu’ils frapperont.

Fin de la grève générale Choqués par l’assassinat d’un gréviste de l’agriculture, des masses de travailleurs, des grévistes, des politiciens, et aussi des gens «de tous les horizons sociaux», se regrouperont pour célébrer ses obsèques. Ils se retrouveront dans la même émotion au moment des obsèques du jeune Marie-Louise. La grève générale n’était plus à l’ordre du jour. La répression policière scélérate avait été orchestrée par les possédants et leur pouvoir pour casser le mouvement ouvrier.

Les mobilisations ouvrières continuèrent néanmoins plusieurs jours encore même si elle n’étaient plus aussi massives. C’était le cas des employés de l’entreprise Figuères chargée du ramassage des ordures ménagères à Fort de France, de ceux des boulangeries, ou des banques et des hôpitaux. Et le 19 février 1974, le quotidien France-Antilles qu’on ne pouvait soupçonner de quelconque sympathie pour les grévistes titrait encore «situation confuse sur le front social». Le 21 février 1974, un accord fut signé dans la banane. Les patrons bananiers acceptaient de payer la journée de travail de huit heures à 39.50F.

Avec leurs frères les plus exploités, les travailleurs de Martinique avaient fait reculer le patronat béké de l’agriculture. Dans d’autres secteurs, tels le bâtiment ou à la SPEDEM, des revendications importantes furent arrachées. Les patrons et tous ceux qui sont à leur service, leur avaient fait lourdement payer ces avancées. Cette page écrite du sang des ouvriers fait aujourd’hui partie de leur histoire et de leur quête de respect et de dignité pour une vie meilleure.

Source : Combat ouvrier N°898, édition de février 2004.

Lancement du Premier réseau social des Afro-Caribéens itanoo.com



Frank ANRETAR, fondateur des Trophées des Arts AfroCaribéens (les TAAC) vous présente Itanoo.com
Le premier réseau social destiné aux Français d’Outre-mer et d'Afrique, et à ceux qui entretiennent des relations culturelles, économiques et particulières avec cette population.
La soirée inaugurale aura lieu samedi 16 février à partir de 23 h 30, Au Restaurant Discothèque Le Bizen 111, Rue Réaumur 75002 Paris - Métro: Bourse (ligne 3)

En présence d’une constellation d’artistes et de personnalités : notamment Babette De Rozières, Queen Sheeba, Ben J des Neg’ Marrons, Chantal Néret, Claudy Siar, Louisy Joseph, Princess Erika, Lino Versache…

La présentation des partenaires et du réseau socialwww.itanoo.com sera suivie d’une animation DJ sur deux niveaux (ambiance latino tropicale / ambiance généraliste) et d’un jeu concours doté de nombreux lots : des casques beats studio, des iPad 3, des Galaxy Note, des T-shirts Itanoo et des billets d'avion à destination de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique, de Mayotte, de la Réunion.


Frank ANRETAR
Co-fondateur de Itanoo.com
Site officiel : www.itanoo.com
Teaser : http://www.youtube.com/watch?v=TBkZ0xIZ0L8

mercredi 13 février 2013

MARTINIQUAISES, MARTINIQUAIS rendons Hommage aux deux Martyrs de la grande grève de février de 1974



MARTINIQUAISES, MARTINIQUAIS rendons Hommage aux deux Martyrs de la grande grève de février de 1974 ILMANY RENOIR et MARIE LOUISE GEORGES avec NOU MATİNİTJÉ le 16 Février 2013 à la salle des fêtes de la ville de Basse Pointe
Organigramme : Procédé: PROGRAMME  ET  İNVİTATİON
 



1)    Conférence-Débat  à 14H30
a)    La mémoire collective dans les luttes sociales :
Conférencière Mme MILKA VALENTIN
b)    Luttes Syndicales et Répressions : Conférencière Mme SMÉRALDA ;
c)     Deux Témoignages de la sauvage répression de février 1974
2)  Prix Littéraire (Essai): Ilmany et Marie Louise à 16h
3)  Séquence Poétique à 17h30.
4)  SWARÉ BÈLÈ POU LONNÈ épi RESPÉ BA ILMANY EK MARIE LOUISE à partir de 20H.
5)    Observation Astronomique, pour les Enfants et Adultes, de 19H00 à 21H00.
AN NOU GLORİYÉ MANMAY NASİON MATİNİK

NOU MATİNİTJÉ  Janvier 2013


Lettre ouverte de Serge Letchimy – projet de loi relatif au mariage pour tous


Madame la Ministre, chère Christiane,
Parlementaire en mission, à propos de l’article 349 du Traité de Lisbonne, il ne m’a pas été pas possible de participer en personne aux débats concernant le mariage pour tous. Les champs de bataille ne sont jamais consécutifs et, par ces temps de crise, il nous faut très souvent faire des choix qui permettent de démultiplier nos avancées sur de larges amplitudes et de manière simultanée. Néanmoins, il me paraissait indispensable d’expliciter mon vote et cela pour deux raisons.

La première, c’est de vous rendre hommage. Hommage à votre courage, à votre hauteur de vue.

La seconde, c’est de rappeler cette coïncidence qui me semble hautement symbolique : celle qui aura porté si brillamment le projet de loi concernant la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité, est aujourd’hui la même qui se retrouve à batailler, avec tout autant de force et d’intensité, pour une transformation de nos états de conscience.

Chère Christiane, j’ai le sentiment que c’est le même combat.

Nous avons en commun ce que Césaire appelait une pression historique. Nous qui avons vécu la négation de notre humanité durant les temps esclavagistes. Nous qui avons connu la négation de nos droits de citoyenneté les plus élémentaires durant les périodes coloniales et post-coloniales. Nous qui devons encore vivre (jusqu’à l’absurde) la négation des différences au nom de l’égalité, comment ne pas être, plus que tout autre, infiniment sensibles à la question de fond que pose cet important débat ?

Pour ma part, je l’aborde avec exigence et gravité.

Le fond pour moi est des plus simples : en plein 21ème siècle, dans le cadre d’une République, dans une vieille démocratie, il existe une catégorie de personnes qui ne disposent pas d’un accès égal à la totalité des dispositifs de soutien et de reconnaissance mis en œuvre pour l’ensemble des citoyens. De facto, le non-accès des couples homosexuels aux dispositifs du mariage et de la filiation les transforment en une classe de citoyens de seconde zone, voire de sous-individus.

Il existe une honte : l’homophobie. La connaissance que nous avons de l’humain nous permet de comprendre que l’homosexualité n’est ni une maladie, ni une perversité, ni une simple pratique, mais véritablement un fait, une réalité que l’on retrouve dans l’ensemble du vivant. L’on naît et l’on se découvre comme cela. Nous sommes donc dans la normalité humaine. Dès lors, les individus en question peuvent être considérés comme étant discriminés en raison de leur être. Ce qui est inacceptable dans le cadre et les valeurs de cette République. Et ce n’est pas à vous, chère Christiane, que je vais rappeler que l’idée de tare, de perversité, de sous-humanité, ou de sous-citoyenneté, a toujours été exprimée ou sous-jacente quand il fallait refuser des droits aux nègres, aux colonisés, aux femmes… et à tant d’autres. Racisme, sexisme, homophobie sont des discriminations du même ordre : elles font d’une différence des êtres l’enjeu d’une entreprise d’infériorisation sociale et juridique là où la République proclame l’idéal de l’égalité des êtres.

Il est tout à fait concevable que deux êtres de même sexe puisse éprouver l’un pour l’autre le sentiment majeur de la nature humaine : l’amour. Que cet amour n’est ni une perversité, ni une maladie, ni une pratique qui se voudrait rebelle. Il est d’ailleurs tellement puissant qu’il s’oppose bien souvent à des systèmes sociaux très hétéro-centrés : dans tous les pays du monde, des plus urbains et développés au plus traditionnels, il existe des couples homosexuels qui affrontent l’opinion dominante. Ce sentiment profond, persiste, endure, se maintient, se développe, et renforce finalement notre espérance en la nature humaine. Le couple est d’abord cela : un très beau sentiment qui fonde envers et contre tout, sécurité, stabilité, le soutien réciproque, désir d’enfant et cadre familial.

Car il y a cet autre fait : des couples homosexuels existent et ils ont parfois la charge d’élever des enfants. Je pense que l’équilibre psychoaffectif d’un enfant ne se construit pas tant en rapport avec des sexes, qu’en rapport avec des fonctions que l’on peut définir sommairement comme fonction d’autorité et de distanciation, et fonction maternante de grande proximité.

Il est enfin indéniable que le droit positif est favorable aux couples mariés, et protège mieux les enfants de ces couples, que les dispositifs annexes. Les dispositifs hors-mariage n’ont déjà pas la même charge de sacré ni de symbole. Pouvons-nous donc laisser autant de nos concitoyens en basse marge de l’état de droit, et hors d’atteinte du rayonnement de nos symboles ?

Et donc chère Christiane, avec mon affectueux salut, je tenais à vous dire ceci : vous nous faites vivre de nouveau un moment historique ! C’est une extension des droits et une extension de conscience que vous nous apportez. 

Ce sont les raisons pour lesquelles je voterai pour le projet de loi relatif au mariage pour tous.

Je vous assure, madame la Ministre, de mon total soutien et de ma parfaite considération.

Serge Letchimy