dimanche 3 octobre 2010

Les Inrocks : Humiliation, dépression, démission: l'offre triple play de France Télécom

Les Inrocks : Humiliation, dépression, démission: l'offre triple play de France Télécom: "sommes.”

Pour virer les dix ingénieurs, Philippe annonce :

“On va leur faire comprendre que l’entreprise est en guerre et que dans toute guerre, il y a des morts. Et que bouger, accepter le changement, c’est la vie. – C’est ça qu’on t’a appris dans le stage ? – Entre autres.'

Devenu manager, Philippe applique dans son équipe le plan Next. L’open-space qu’il anime est tourneboulé comme un cube. Stéphane, invisible ingénieur d’une équipe commerciale, dirige soudain Rodolphe, qui était son supérieur la veille. Thierry, un cadre qui refuse la promotion qu’on lui impose, se voit rétrogradé et placé sous l’autorité d’un de ses subalternes. Philippe ordonne, place et déplace les employés. Dans l’openspace, on commence à se regarder de travers. Des camps se forment. On se parle moins à la cantine. Dans son bureau, Christian reçoit des appels de sa direction parisienne.

“On me conseille de fixer des objectifs inatteignables, pour pouvoir dire au collaborateur : ‘Je suis désolé, mais là, on ne peut plus continuer avec toi’…”

Peu à peu, des infos lui parviennent des boutiques, des centres d’appels, des open-spaces chamboulés par le plan Next : ça va mal. Les salariés commencent à faire des dépressions. Des formules comme “au bout du rouleau”, “envie de suicide” remontent jusqu’à lui. Il décide d’alerter Paris et envoie des e-mails à la DRH du groupe.

Christian ne reçoit aucune réponse. Jusqu’à ce matin de 2006 où Simone, membre de son équipe d’encadrement, débarque en trombe dans son bureau pour lui déclarer que sa hiérarchie ne veut plus de lui.

A dater de ce jour, des cadres sous les ordres de Christian passent devant lui sans le regarder. Il se demande comment Philippe, bon et solidaire, a pu devenir en dix jours un manager capable de muter, tel un pion, un collègue avec qui il déjeune à midi. Il imagine de redoutables techniques de lavage de cerveau. Il en parle à Oscar, un cadre de la direction parisienne du groupe, qui lui a gardé son amitié. Christian ne peut pas mieux tomber : Oscar a participé au fameux stage où l’on a formé Philippe aux techniques pour mobiliser les employés et leur “faire accepter le changement”.

Un soir, loin des bureaux, Oscar lui donne les fiches pédagogiques qu’il a reçues comme Philippe lors de leur stage parisien dans les locaux d’Obifive, une société internationale de coaching en management. Il découvre un curieux schéma. Un plan de la bataille d’Angleterre de 1940, qui vante la “précision” et la force de “l’exécution conf¡orme” des avions de chasse allemands. Intrigués, nous demandons un rendez-vous à Céline Lerenard, la directrice associée d’Obifive :

“Ce n’est pas un peu bizarre, de comparer les concurrents de France Télécom à des avions allemands ? – Vous avez mal compris. On voulait faire ressortir la solidarité qui existait entre les pilotes et les mécaniciens de la Royal Air-Force. – Pardon, mais ça, ça n’est écrit nulle part. Ce qu’on voit, ce sont des avions de la Luftwaffe bombardant des villes en Angleterre. – Alors vous avez mal compris.”

Des témoins, des employés de France Télécom qui ont participé au stage, racontent une autre histoire :

“Les formateurs expliquaient que nous étions en guerre. D’abord, on nous montrait l’Angleterre prise en tenailles par les nazis. Ensuite, on nous montrait Orange prise en tenailles par Free, par Bouygues et par Nokia…”

Nous rencontrons Bruno Diehl à Paris. Conseiller en management de l’équipe du pdg de France Télécom jusqu’en 2007, il a écrit en mai 2010 un livre montrant comment, à partir de l’an 2000, un management déshumanisé a plombé l’entreprise. Diehl était en relation avec des formateurs qui animaient les stages de management. Il nous décrit des stages efficaces et vivants, concrets, pleins d’exercices pratiques inspirés de la réalité.

Par exemple, on proposait aux stagiaires de réduire de moitié les effectifs de leur plate-forme : vingt-cinq personnes à faire partir. Sur ces vingt-cinq, l’une avait une mère atteinte d’une maladie grave. Il va la voir chaque jour et sa mutation doit l’envoyer à plus de 100 kilomètres. Exercice : “Comment vous y prenez-vous pour le faire partir ?” Après quoi, le formateur donnait la réponse. Il faut, disait-il, faire comprendre avec humanité l’importance de ce choix : soit le collaborateur emmène sa mère avec lui, soit il démissionne pour rester auprès d’elle.

“Culpabilisé, le collaborateur prendra lui-même la bonne décision : démissionner.”

Christian découvre un second document. Celui-là prouve que France Télécom savait que ses employés allaient inévitablement perdre leurs repères, puis leur moral. C’est une belle courbe, signée Orange et Orga Consultants, une autre société de coaching en management. Elle s’intitule “Les phases du deuil”. Cet outil devait permettre au manager de comprendre l’état psychique du salarié qui subit une mutation forcée dans une ville éloignée ou dans un autre service.

La “courbe du deuil” définit six étapes : l’annonce de la mutation, le refus de comprendre, la résistance, la décompression, la résignation et, pour finir, l’intégration du salarié. Le manager est averti : en phase 3, la “résistance”, l’employé peut se livrer à des actes de sabotage. Puis en phase 4, la “décompression”, il va chuter dans le désespoir et la dépression. La légende, sous la courbe, conseille au manager de faire entendre à son employé dépressif que “l’évolution des besoins est à la source du changement”. En français, que sa mutation est inévitable.

Ces dépressifs programmés, Christian en a repéré plusieurs au sein de la boîte. Ce que les dirigeants n’avaient pas prévu, c’est que cinquante-huit d’entre eux, au lieu de se laisser accompagner par leur manager jusqu’en phase 6, celle de “l’acceptation du changement”, iraient jusqu’au suicide ou à la tentative de suicide. Dans son bureau, à Arcueil, Val-de-Marne, nous interrogeons la directrice exécutive adjointe du groupe France Télécom Orange, Delphine Ernotte.

“Qu’est-ce qu’un outil comme la ‘courbe de deuil’ vient faire entre les mains d’un manager ? – Ce qu’on voulait, c’était accompagner au maximum les employés. Mais peut-être était-ce maladroit. – Vous aviez prévu des dépressions : c’est écrit dans les documents. Vous auriez pu prévoir que certains allaient craquer, non ? – Non. On ne l’a pas du tout imaginé.”

Un matin de 2007, Christian est convoqué place d’Alleray, à Paris, le siège du groupe. Sur le courrier recommandé, aucun détail sur le motif de la convocation. Une fois sur place, il cogne à la porte du DRH du groupe, Olivier Barberot, qu’il connaît et qu’il tutoie. Mais Barberot ne le reçoit pas comme d’habitude. Il le vouvoie :

“Monsieur, vous deviez vous présenter hier, vous ne l’avez pas fait. Cela nous contraint à engager une procédure disciplinaire. A moins que vous n’acceptiez de signer votre départ de l’entreprise.”

Christian écoute le DRH, accompagné d’un assistant, lui vanter l’intérêt d’un départ à l’amiable. Au bout de quelques phrases, Christian explose :

“Je n’imaginais pas que vous étiez capables d’une saloperie pareille ! Vous êtes des salauds mais vous avez gagné : je ne veux plus vous voir. Je ne veux plus travailler avec des gens comme vous.”

Puis, sur ces mots, Christian signe son départ, quitte l’immeuble en pleurant et prend le chemin d’une autre vie. Après la révélation, l’an dernier, du scandale des suicides en série, Olivier Barberot, qui gérait la carrière de 200 000 employés du groupe, a été déplacé au poste de pdg d’une filiale de sept-cent cinquante personnes. Nous n’avons pas réussi à le joindre pour entendre sa réponse au récit de Christian. Mais nous avons pu parler au téléphone à un communicant du groupe France Télécom Orange. Nous l’informons que Les Inrocks ont recueilli le témoignage d’un de leurs anciens directeurs régionaux, et que celui-ci, pour ne pas exposer sa nouvelle

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samedi 2 octobre 2010

Maroc: Expulsion de centaines de Subsahariens vers la frontière algérienne

Maroc: Expulsion de centaines de Subsahariens vers la frontière algérienne: "Volontaires de MSF avec des Subsahariens. Photo MSF

Dans un communiqué, MSF a affirmé qu’entre 600 et 700 personnes ont été arrêtées lors d’opérations policières dans plusieurs villes du Royaumme entre le 19 août et 10 septembre. Vivant à Al-Hoceima, Casablanca, Fès, Nador, Oujda, Rabat et Tanger, ces personnes ont ensuite été déportées à la frontière avec l’Algérie. MSF a précisé également que durant plusieurs raids, les policiers ont détruit des abris de fortune des immigrants clandestins avec des bulldozers. Abandonnés dans ce no man’s land, certains immigrants ont réussi à retourner à Oujda à pied, complètement démunis.

MSF a indiqué avoir pris en charge, 186 migrants dont 103 qui présentaient des blessures liées aux arrestations violentes. Selon son chef de mission au Maroc, Jorge Martín, son équipe a été témoin « des conséquences directes de ces expulsions sur l'état de santé physique et mentale des migrants ». Par ailleurs, MSF a précisé avoir observé une « augmentation alarmante » des cas de problèmes de santé liés à la violence.

L’ONG a appelé une fois de plus, le Maroc à respecter ses obligations en vertu du droit international, le Maroc étant signataire de la convention de l’ONU sur la protection des droits des travailleurs migrants et de leurs familles. De même, elle a invité le Maroc à « respecter la dignité et l'intégrité des migrants et éviter de les exposer à une situation d'une plus grande vulnérabilité et d'insécurité » dans sa mise en œuvre des mesures de contrôle des migrations clandestines.

Ce n’est pas la première fois que MSF met en cause le Maroc dans ce phénomène de déportation d’immigrants clandestins. En mars dernier, l’ONG a publié un rapport dans lequel elle a fait état des violences subies au Maroc par des migrants venant d’Afrique subsaharienne, notamment les femmes.

A la fin du mois d’août, l’AFP citant les autorités régionales du nord du Maroc, a fait part de l’expulsion de 72 migrants clandestins subsahariens vers l’Algérie. Pourtant, au début du même mois, le Maroc avait condamné l’abandon par les gardes côtes espagnoles de 8 Subsahariens en état critique au large de Melilla. Le Maroc gagnerait à être plus cohérent.

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Des prisonniers politiques aux Etats-Unis? Il n'y en a pas, bien sûr. Officiellement. - Des bassines et du zèle.

Des prisonniers politiques aux Etats-Unis? Il n'y en a pas, bien sûr. Officiellement. - Des bassines et du zèle.: "Des prisonniers politiques aux Etats-Unis? Il n'y en a pas, bien sûr. Officiellement.

Par emcee le lundi 6 septembre 2010, 00:45 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent

* Amérique
* femmes
* luttes
* prison
* terrorisme

Seuls les pays 'non-démocratiques' (par opposition à ceux qui se proclament 'démocratiques') incarcèrent les opposants politiques. C'est bien connu. C'est d'ailleurs pour cela que la Chine, les pays du Moyen-Orient, ceux d'Afrique, le Venezuela, Cuba, la Colombie … euh non, pas la Colombie, et bien d'autres se font un peu tirer l'oreille pour leurs violations des droits des êtres humains quand ils sont 'amis' et châtier (parfois durement) quand ce sont des 'ennemis'.
Au Proche-Orient, une particularité: un seul pays 'démocratique' dans le secteur: Israël. Les autres sont tous des dictatures. Même la Palestine, qui a pourtant élu son gouvernement démocratiquement, mais qui n'est pas parvenue à décrocher le statut de démocratie aux yeux de l'Occident.
Allez savoir pourquoi.
Eh bien, ces distinctions valent pour les prisonniers et prisonnières politiques. L'Occident incarcère, voire exécute, comme aux Etats-Unis, des prisonniers de droit commun qui, en faisant accessoirement de la politique, ont commis des crimes de droit commun - à moins qu'ils n'aient été condamnés pour 'terrorisme' ou 'haute trahison' ou 'ultragauchisme' - alors que les méchants pays incarcèrent (et exécutent) des personnes pour avoir osé s'opposer au régime cruel de leur pays.
Cela, c'est la vision manichéenne qu'offrent les propagandistes occidentaux qui divisent la planète en deux catégories, selon leur propre conception du Bien et du Mal.
En fait, les prisonniers politiques existent bien aux Etats-Unis, même s'ils ne sont pas reconnus comme tels, et qu'ils bénéficient, au contraire, d'un régime très spécial: QHS, cellules d'isolement, tortures, très longues peines de prison, rejet de mise en liberté conditionnelle, refus de révision de procès, et autres traitement de faveur.
Nous avons vu précédemment plus particulièrement le traitement infligé aux hommes. Aujourd'hui, il s'agit de femmes, apparemment moins nombreuses, certes, mais qui ne subissent pas moins que les hommes des sévices et abus – dont certains spécifiques à leur genre infligés par une société patriarcale qui n'aime pas que les femmes outrepassent le rôle qu'elle leur a assigné.
Evidemment, ces prisonnières appartiennent toutes à la gauche radicale et se battent, ou se battaient, contre l'Empire, le racisme, le sexisme, la domination masculine et l'état répressif.
L'extrême-droite, elle, semble exemptée de ce genre d'écueils.
Dans cet article, 'Women 'Politicals' (Not) in the News', publié le 30 août 2010 dans Dissident Voice, Linda Ford évoque plus particulièrement le sort de quatre femmes qui se sont retrouvées ces temps-ci dans l'actualité pour diverses raisons.
Les détenues 'politiques' (ne) font (pas) la une de l'actualité

On entend rarement parler des détenus d'Abu Ghraib, de Bagram et de Guantanamo. Et ce qu'on nous en dit, en général, c'est rarement pour dénoncer la responsabilité des Etats-Unis concernant les atrocités que subissent les prisonniers US des guerres d'empire et d'occupation.
Et qu'en est-il des détenus politiques aux Etats-Unis? Les musulmans éternels suspects, les pacifistes, les altermondialistes et les écologistes – les militants des Black Panthers, du Weather Underground et du mouvement amérindien – dont certains ont été torturés, détenus dans des cellules d'isolement pendant des années. Combien d'entre nous connaissent la longue histoire des prisonniers politiques en Amérique, alors que nous ne sommes pas censés en avoir, nous qui sommes par définition, le Pays des Hommes Libres (Land of the Free)?
Parmi ces prisonniers politiques, beaucoup ont été et sont encore des femmes.
Le fait d'être des femmes ne les protège pas d'être considérées comme ennemies de la nation, des femmes 'contre-nature', en fait. Bien au contraire, peut-être.
Les femmes ont toujours été des militantes enthousiastes, et cela, depuis le tout début de la création de ce pays. Elles ont été incarcérées pour raisons politiques après avoir fait partie des mouvements anticapitalistes – militant en tant que syndicalistes, socialistes ou anarchistes, s'opposant au gouvernement et aux patrons; luttant contre le patriarcat d'une société militariste sexiste, et contre la suprématie des Blancs; elles ont participé aux mouvements pour les droits civiques, ont été révolutionnaires ou ont soutenu les luttes des Amérindiens ou des Portoricains; elles étaient contre l'empire américain et se sont battues contre les guerres, depuis la Seconde Guerre Mondiale jusqu'au Viet Nam, l'Iraq ou l'Afghanistan.
Un certain nombre de ces femmes 'contre nature' ont fait la une des journaux, du moins de la presse alternative, cet été.
Il s'agit de: Lolita Lebron, Marilyn Buck, Lynne Stewart, et Aafia Siddiqui. Les deux premières sont mortes récemment, quant aux deux autres, l'une a été rejugée (Stewart) et l'autre attend l'issue de son procès (Siddiqui). Elles représentent différentes périodes de luttes et de répression aux Etats-Unis.
Lolita Lebron et Marilyn Buck étaient des militantes qui avaient lutté contre la suprématie et l'impérialisme des Blancs entre les années 1950 et 1980.

PUERTO RICO VIEQUES NAVYLolita Lebron à Vieques

Lolita Lebron, nationaliste portoricaine, est décédée le 1ier août à l'âge de 90 ans. Depuis les années 60 jusqu'à la fin des années 80, dans une optique révolutionnaire, les femmes ont participé à des groupes qui préconisaient l'action radicale – même la résistance armée – contre, disaient-elles, un état répressif. Les Portoricain-e-s luttent contre la domination des Etats-Unis depuis leur prise de pouvoir en 1898. A la suite d'un soulèvement dans les années 1950, les Etats-Unis instauraient la loi martiale, et les indépendantistes portoricains importaient la lutte sur le sol des Etats-Unis.
En 1954, Lolita Lebron avait voulu faire savoir de façon spectaculaire au monde entier que Porto Rico était une 'colonie des Etats-Unis'. Scandant “ Viva Puerto Rico Libre!”, elle avait pris la tête d'un petit groupe qui ouvrait, alors, le feu dans la Chambre des Représentants, tirant 30 coups de feu qui avaient blessé cinq élus. Elle avait déclaré qu'elle n'avait pas eu l'intention de tuer qui que ce soit. Mais elle ne regrettait pas son 'geste de liberté pour son pays'.
Lebron, condamnée à la prison à vie, mais graciée par le président Carter en 1979, était retournée à Porto Rico, où elle avait poursuivi la lutte contre le colonialisme US.
A l'âge de 81 ans elle était arrêtée pour avoir manifesté sur l'île de Vieques contre le terrain d'essai de l'armée US.
D'autres femmes du mouvement nationaliste portoricain avaient été également lourdement condamnées.
Condamnée pour avoir participé à une attaque à main armée organisée par le mouvement dans le Connecticut en 1983, Alejandrina Torres était violée en prison, puis placée en cellule d'isolement à la prison de Lexington dans le Kentucky.

marilyn_buck.jpg
Marilyn Buck

Purgeant sa peine de prison en même temps que Lebron, une autre femme, Marilyn Buck, devait également passer de longues années en prison. Elle vient de mourir à l'âge de 62 ans juste après sa libération, des suites d'un cancer, où le mal s'était aggravé à cause de son incarcération.
Marilyn Buck militait dans les années 60-70 dans un climat général très politisé, où elle participait à l'énorme mouvement de protestation contre le système étasunien: l'état capitaliste et la suprématie blanche.
Selon l'historien Dan Berger , ces militant-e-s contestataires utilisaient des termes que 'le gouvernement avait jugés trop virulents pour qu'il accepte une telle liberté d'expression'.
La répression brutale s'est alors abattue sur les Black Panthers et le Weather Underground, partisans de la lutte armée contre ce qu'ils estimaient être une puissance coloniale raciste.
Marilyn Buck avait manifesté contre la guerre du Viêt-Nam et contre le racisme; elle avait amené le mouvement de Libération des Femmes au SDS (Students for a Democratic Society), elle était pro-palestinienne, contre le Shah d'Iran, et soutenait les luttes des Indiens , des Mexicains-américains, et des Black Panthers.
En 1973, Buck était arrêtée, accusée d'avoir acheté deux boites de cartouches pour les Black Panthers et d'être en cheville avec eux. Elle était condamnée à dix ans de prison ferme. Ses demandes de liberté conditionnelle ayant été rejetées par trois fois, elle s'évadait de prison en 1977. Elle était à nouveau arrêtée en 1985, accusée d'avoir aidé Assata Shakurà s'évader de prison, et d'avoir collaboré au 'Resistance Conspiracy” ('complot de la résistance') du Weather Underground – soupçonné d'avoir projeté plusieurs attentats contre les institutions de l'état à l'est des Etats-Unis. A ce titre, elle était condamnée à 80 ans de prison en Californie, où elle a écrit des poèmes qui ont été primés et des articles analytiques sur la psychologie de la répression contre les femmes.
Elle explique que les femmes prisonnières politiques subissent des mauvais traitements qui leur sont propres dans la mesure où les femmes 'subissent déjà dès l'enfance une domination à la fois sociale et culturelle. Les femmes sont exposées à des humiliations et des privations encore plus cruelles'.
Classée comme 'terroriste', elle était placée en cellule d'isolement et tenue au secret après les attentats du 11 sept. Tenant des propos que Lebron n'aurait pas désavoués, Buck avait déclaré qu'elle ne voulait pas être une détenue oubliée mais 'une camarade de lutte dans le combat actuel contre l'impérialisme, l'oppression et l'exploitation'.

Lynne Stewart et Aafia Siddiqui, sans doute également des victimes de la suprématie blanche et de l'impérialisme, ont toutes deux subi les conséquences dramatiques de la période anti-“terroriste”/antimusulmans qui a débuté à la suite des attentats du 11/9.
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Lynne Stewart
L'affaire de Stewart est en réalité antérieure aux attentats de 2001 aux États-Unis — même si elle a été condamnée en vertu du Patriot Act (loi adoptée le 25 octobre 2001, NDT) dont certains disent qu'il n'aurait pas dû être appliqué pour son cas par le procureur général des États-Unis Ashcroft; quant à Siddiqui, elle figurait déjà aussi sur la liste de personnes sous surveillance du même Ashcroft.
La 'guerre hystérique contre le terrorisme' a engendré des changements profonds et rapides pour les droits politiques et civils du pays. Une des incidences immédiates a été la concentration des pouvoirs entre les mains de l'exécutif, qui donnait au président le pouvoir de décider en matière de guerre, de paix, et de lois.
Bush, et maintenant Obama, se sont servis des lois d'un Ministère de la Justice politisé, s'appuyant sur des lois comme le Patriot Act pour faire arrêter des milliers de personnes innocentes sans chefs d'accusation ni représentant légal, mais également pour sanctionner les avocats qui représentent les personnes accusées de 'terrorisme'.
L'avocate Lynne Stewart, a récemment été rejugée et condamnée après une première inculpation basée sur le Patriot Act.
A la suite de l'hystérie collective sur le terrorisme, Stewart, 69 ans, était incarcérée pour des raisons politiques en juillet dernier, pour avoir tenté de défendre son client, le cheikh Abdel Rahman, condamné pour avoir organisé un complot terroriste en 1996 à New York. Officiellement, elle était accusée d'avoir fourni, lors d'une conférence de presse, une aide matérielle à son client concernant son 'complot terroriste'.
Il n'est pas normal qu'elle ait été jugée en vertu du Patriot Act adopté en 2001. Elle était en liberté surveillée depuis l'année 2000, et les conditions des 'mesures administratives spéciales' (Special Administrative Measures, SAM) qui interdisent aux accusés de communiquer avec le monde extérieur, ne sont pas théoriquement censées concerner les communications entre l'avocat et son client.
Radiée du barreau, déshonorée, et condamnée à une peine de prison de 28 mois bien que souffrant d'un cancer du sein, ses collègues disent qu'elle avait été en fait incarcérée pour avoir toujours soutenu les Black Panthers et le Weather Underground. Stewart pense qu'ils ont voulu faire un exemple pour dissuader les autres avocats et avocates de défendre des causes et des personnages controversés'.
Au cours de son nouveau procès, le 15 juillet dernier, cet état de fait était encore plus évident. Alors que se multiplient les lois limitant les libertés civiles, les avocats, en particulier ceux qui ont une sensibilité de gauche, figurent parmi les premiers touchés. Condamnée initialement à 28 mois de prison, Stewart était alors condamnée à une peine de dix ans de prison, pratiquement cinq fois plus.
Lors du second procès, le juge, John Koeltl, a expliqué qu'elle avait menti au tribunal, avait abusé de sa position d'avocate et n'avait exprimé 'aucun remords'.
Stewart a raconté comment la prison l'avait “diminuée” … et qu'elle 'perdait des pans de sa personnalité'. Et elle a ajouté: “l'état policier est arrivé'.
'État policier', cela pourrait paraître excessif, mais peut-être pas. La prisonnière politique Laura Whitehorn a expliqué que, si la torture n'était pas un phénomène nouveau aux Etats-Unis, même pour les femmes, elle faisait aujourd'hui partie intégrante de l'impérialisme US, la suprématie blanche en étant un élément fondamental”— avec la torture comme 'arme de domination.”

Aafia-Siddiqui-2.jpgAafia Siddiqui avant

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Et aujourd'hui

Et donc, l'histoire étrange et trouble d'Aafia Siddiqui, 37 ans, neurologue d'origine pakistanaise, qui a fait ses études aux Etats-Unis et y travaillait depuis des années, et a été accusée de tentative d'assassinat sur des officiers de l'armée et des agents du FBI, implique très probablement qu'elle a été torturée par ses ravisseurs américains.
Siddiqui, à l'issue d'un procès étrange et troublant à New York en janvier, a été déclarée coupable, et le verdict, après avoir été récemment reporté, doit être prononcé le 23 septembre prochain. Sous surveillance au début des années 2000, à cause de ses activités liées à l'islam, elle avait disparu au Pakistan en 2003, pour ne réapparaitre qu'en 2008 en Afghanistan, désorientée et ayant sur elle des plans pour faire sauter des édifices à New York.
Beaucoup pensent qu'elle a été kidnappée par les USaméricains en 2003, avec ses trois enfants; violée, torturée, un de ses enfants sur le point de mourir, un qui avait disparu et un qui vit actuellement avec sa sœur. La journaliste britannique, Yvonne Ridley, a écrit que Siddiqui et d'autres femmes ont été, et sont, incarcérées à Bagram et dans d'autres prisons qui pratiquent la torture pour le compte des Etats-Unis. Les déclarations des témoins selon lesquels elle aurait tiré sur des militaires avec un fusil d'assaut, laissé, on ne sait pourquoi, à portée de main, sont peu crédibles. Car, c'est la seule qui ait été atteinte par une balle, grièvement blessée à l'abdomen.
Lady Al-Qaeda' (comme l'avait baptisée le NY Daily News) a été condamnée en janvier dernier. Elle semblait divaguer. Elle avait été contrainte par le juge de se présenter au tribunal tous les jours, ce qui impliquait qu'elle devait subir des fouilles au corps quotidiennes, ce qui s'ajoutait à toutes les atrocités dont elle avait souffert.
Alors que les associations de défense des droits humains assurent que ce n'est pas une extrémiste, Siddiqui a déclaré à la cour qu'elle avait été détenue dans une prison secrète par les Américains. Siddiqui était censée être jugée pour agression, pas pour activités terroristes, mais, pendant tout le procès, le Ministère public n'a pas cessé d'utiliser le terme de terroriste en se référant à elle. Il n'y avait aucune preuve formelle attestant qu'elle avait tiré sur des militaires ou qu'elle s'était livrée à des activités terroristes. Au cours du procès, les témoins ont décrit Siddiqui comme 'une femme complètement brisée'.
Nous pouvons nous réjouir que les femmes aient obtenu le droit de vote et le droit au travail, mais nous ne devons pas oublier la partie cachée de l'engagement politique des femmes dans ce pays.
Pour les femmes qui s'engagent en politique, pour Lebron et Buck, pour Stewart et Siddiqui, la vie en prison peut être abominable pour des raisons propres aux femmes. L'historien Dylan Rodriguez parle d''humiliation genrée” subie par les prisonnières politiques, par le biais 'd'actes spécifiques et extrêmes dus à la domination masculine violente'.
Les femmes, censées être traditionnellement des épouses et des mères dociles et relativement peu politisées, doivent payer, non seulement parce qu'elles luttent contre l'impérialisme et la suprématie des Blancs, mais également parce qu'elles sont considérées comme 'des femmes contre-nature'.

Linda Ford est une historienne spécialisée dans l'histoire des Etats-Unis et des femmes. Elle a très récemment enseigné à Colgate University et a écrit: Iron-Jawed Angels: Suffrage Militancy of the National Women’s Party.

Quelques liens complémentaires

Comment le FBI a liquidé les Panthères noires

Le 'Black feminism' (fr)

États-Unis. Amnesty International assistera à titre d'observateur au procès d'Aafia Siddiqui
Note personnelle:

Voilà le sort qui est réservé aux femmes qui se rebellent contre une société blanche, sexiste et violente qui veut cantonner les femmes à leurs casseroles, à leur vernis à ongles, au rôle de mère et au repos du guerrier reproducteur.
A ce propos, je voudrais rappeler que les femmes auraient rarement obtenu d'avancées de la part des élus, essentiellement masculins, sans le courage et la ténacité de ces militantes actives et résolues. D'autre part, les acquis des luttes antérieures ne sont jamais définitifs quand il s'agit des femmes et sont constamment remis en cause par la caste revancharde politico-religieuse (voir les atteintes actuelles au droit à l'avortement).
Et je voudrais donc rendre hommage à ces militantes féministes au nom de toutes celles qui bénéficient aujourd'hui - largement, et sans s'en rendre compte, souvent - du fruit de leurs luttes qu'elles ont souvent payées chèrement, parfois même de leurs vies.
Ignorer leurs combats, mépriser leurs revendications ou les moyens de lutte qu'elles ont employés, c'est vouloir les faire tomber dans l'oubli comme cherche à le faire toute la société capitalo-machiste qu'on se glorifierait de combattre par ailleurs.

Rappelons certaines de ces luttes:

Droit de vote

En France, le droit de vote sera accordé aux femmes, après de longues luttes, le 21 avril 1944 par le Comité français de la Libération nationale. Les hommes, eux, l'avaient obtenu le … 23 juin 1793.

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Suffragette
En Grande Bretagne, les suffragettes qui militaient pour le droit vote des femmes pendant 15 longues années - entre 1903 et 1918 – ont subi une répression terrible.
De nombreuses femmes furent emprisonnées, condamnées. Quand elles déclenchèrent une grève de la faim, le gouvernement ordonna de les gaver de force. Leurs manifestations sont violemment réprimées et certaines perdront la vie dans cette lutte. Pour avoir manifesté pour le droit de vote des femmes en 1909 à Londres, Lady Constance Lytton restera paralysée à vie suite aux violences policières ... la suite ici .

Et puis, rappel, en vrac et non exhaustif, des avancées obtenues grâce aux luttes des femmes et qui semblent aller de soi aujourd'hui pour certain-e-s:

1945 : Disparition de la notion de travail féminin. La législation proclame « à travail égal, salaire égal ».

1966 : Les femmes peuvent exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari.

1967 : La loi Neuwirth autorise la contraception sans lever l’interdiction de toute publicité en dehors des revues médicales. Il faut attendre 5 ans les décrets d'application.

1975 : Décret d'application de la loi autorisant l'avortement jusqu'à 12 semaines. Mais la loi de 1920, adoptée pour repeupler la France n'est pas abrogée, elle n'est que suspendue ! Toute propagande en matière de contraception et d'avortement reste interdite. L'avortement est toujours inscrit au Code Pénal.

1976 : Loi sur le divorce par consentement mutuel.

1979 : L’IVG est autorisée définitivement.

1980 : Loi précisant et élargissant la définition du viol.

1992 : Aggravation des peines pour les époux ou concubins coupables de violences familiales.

2001 : loi du 4 juillet sur l'avortement et la contraception : l'avortement est dépénalisé, le délai légal passe de 10 à 12 semaines, les femmes majeures n'ont plus d'obligation d'entretien social, suppression de l'obligation de l'autorisation parentale pour les mineures, possibilité d'avoir recours à un adulte référent, autorisation de stérilisation...

ET bien d'autres ici

Voir également ici les diverses luttes menées par les femmes depuis 1789.

Un peu d'histoire du 8 mars sur ce site.

– Envoyé à l'aide de la barre d'outils Google"

Des prisonniers politiques aux Etats-Unis? Il n'y en a pas, bien sûr. Officiellement. - Des bassines et du zèle.

Des prisonniers politiques aux Etats-Unis? Il n'y en a pas, bien sûr. Officiellement. - Des bassines et du zèle.: "Des prisonniers politiques aux Etats-Unis? Il n'y en a pas, bien sûr. Officiellement.

Par emcee le lundi 6 septembre 2010, 00:45 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent

* Amérique
* femmes
* luttes
* prison
* terrorisme

Seuls les pays 'non-démocratiques' (par opposition à ceux qui se proclament 'démocratiques') incarcèrent les opposants politiques. C'est bien connu. C'est d'ailleurs pour cela que la Chine, les pays du Moyen-Orient, ceux d'Afrique, le Venezuela, Cuba, la Colombie … euh non, pas la Colombie, et bien d'autres se font un peu tirer l'oreille pour leurs violations des droits des êtres humains quand ils sont 'amis' et châtier (parfois durement) quand ce sont des 'ennemis'.
Au Proche-Orient, une particularité: un seul pays 'démocratique' dans le secteur: Israël. Les autres sont tous des dictatures. Même la Palestine, qui a pourtant élu son gouvernement démocratiquement, mais qui n'est pas parvenue à décrocher le statut de démocratie aux yeux de l'Occident.
Allez savoir pourquoi.
Eh bien, ces distinctions valent pour les prisonniers et prisonnières politiques. L'Occident incarcère, voire exécute, comme aux Etats-Unis, des prisonniers de droit commun qui, en faisant accessoirement de la politique, ont commis des crimes de droit commun - à moins qu'ils n'aient été condamnés pour 'terrorisme' ou 'haute trahison' ou 'ultragauchisme' - alors que les méchants pays incarcèrent (et exécutent) des personnes pour avoir osé s'opposer au régime cruel de leur pays.
Cela, c'est la vision manichéenne qu'offrent les propagandistes occidentaux qui divisent la planète en deux catégories, selon leur propre conception du Bien et du Mal.
En fait, les prisonniers politiques existent bien aux Etats-Unis, même s'ils ne sont pas reconnus comme tels, et qu'ils bénéficient, au contraire, d'un régime très spécial: QHS, cellules d'isolement, tortures, très longues peines de prison, rejet de mise en liberté conditionnelle, refus de révision de procès, et autres traitement de faveur.
Nous avons vu précédemment plus particulièrement le traitement infligé aux hommes. Aujourd'hui, il s'agit de femmes, apparemment moins nombreuses, certes, mais qui ne subissent pas moins que les hommes des sévices et abus – dont certains spécifiques à leur genre infligés par une société patriarcale qui n'aime pas que les femmes outrepassent le rôle qu'elle leur a assigné.
Evidemment, ces prisonnières appartiennent toutes à la gauche radicale et se battent, ou se battaient, contre l'Empire, le racisme, le sexisme, la domination masculine et l'état répressif.
L'extrême-droite, elle, semble exemptée de ce genre d'écueils.
Dans cet article, 'Women 'Politicals' (Not) in the News', publié le 30 août 2010 dans Dissident Voice, Linda Ford évoque plus particulièrement le sort de quatre femmes qui se sont retrouvées ces temps-ci dans l'actualité pour diverses raisons.
Les détenues 'politiques' (ne) font (pas) la une de l'actualité

On entend rarement parler des détenus d'Abu Ghraib, de Bagram et de Guantanamo. Et ce qu'on nous en dit, en général, c'est rarement pour dénoncer la responsabilité des Etats-Unis concernant les atrocités que subissent les prisonniers US des guerres d'empire et d'occupation.
Et qu'en est-il des détenus politiques aux Etats-Unis? Les musulmans éternels suspects, les pacifistes, les altermondialistes et les écologistes – les militants des Black Panthers, du Weather Underground et du mouvement amérindien – dont certains ont été torturés, détenus dans des cellules d'isolement pendant des années. Combien d'entre nous connaissent la longue histoire des prisonniers politiques en Amérique, alors que nous ne sommes pas censés en avoir, nous qui sommes par définition, le Pays des Hommes Libres (Land of the Free)?
Parmi ces prisonniers politiques, beaucoup ont été et sont encore des femmes.
Le fait d'être des femmes ne les protège pas d'être considérées comme ennemies de la nation, des femmes 'contre-nature', en fait. Bien au contraire, peut-être.
Les femmes ont toujours été des militantes enthousiastes, et cela, depuis le tout début de la création de ce pays. Elles ont été incarcérées pour raisons politiques après avoir fait partie des mouvements anticapitalistes – militant en tant que syndicalistes, socialistes ou anarchistes, s'opposant au gouvernement et aux patrons; luttant contre le patriarcat d'une société militariste sexiste, et contre la suprématie des Blancs; elles ont participé aux mouvements pour les droits civiques, ont été révolutionnaires ou ont soutenu les luttes des Amérindiens ou des Portoricains; elles étaient contre l'empire américain et se sont battues contre les guerres, depuis la Seconde Guerre Mondiale jusqu'au Viet Nam, l'Iraq ou l'Afghanistan.
Un certain nombre de ces femmes 'contre nature' ont fait la une des journaux, du moins de la presse alternative, cet été.
Il s'agit de: Lolita Lebron, Marilyn Buck, Lynne Stewart, et Aafia Siddiqui. Les deux premières sont mortes récemment, quant aux deux autres, l'une a été rejugée (Stewart) et l'autre attend l'issue de son procès (Siddiqui). Elles représentent différentes périodes de luttes et de répression aux Etats-Unis.
Lolita Lebron et Marilyn Buck étaient des militantes qui avaient lutté contre la suprématie et l'impérialisme des Blancs entre les années 1950 et 1980.

PUERTO RICO VIEQUES NAVYLolita Lebron à Vieques

Lolita Lebron, nationaliste portoricaine, est décédée le 1ier août à l'âge de 90 ans. Depuis les années 60 jusqu'à la fin des années 80, dans une optique révolutionnaire, les femmes ont participé à des groupes qui préconisaient l'action radicale – même la résistance armée – contre, disaient-elles, un état répressif. Les Portoricain-e-s luttent contre la domination des Etats-Unis depuis leur prise de pouvoir en 1898. A la suite d'un soulèvement dans les années 1950, les Etats-Unis instauraient la loi martiale, et les indépendantistes portoricains importaient la lutte sur le sol des Etats-Unis.
En 1954, Lolita Lebron avait voulu faire savoir de façon spectaculaire au monde entier que Porto Rico était une 'colonie des Etats-Unis'. Scandant “ Viva Puerto Rico Libre!”, elle avait pris la tête d'un petit groupe qui ouvrait, alors, le feu dans la Chambre des Représentants, tirant 30 coups de feu qui avaient blessé cinq élus. Elle avait déclaré qu'elle n'avait pas eu l'intention de tuer qui que ce soit. Mais elle ne regrettait pas son 'geste de liberté pour son pays'.
Lebron, condamnée à la prison à vie, mais graciée par le président Carter en 1979, était retournée à Porto Rico, où elle avait poursuivi la lutte contre le colonialisme US.
A l'âge de 81 ans elle était arrêtée pour avoir manifesté sur l'île de Vieques contre le terrain d'essai de l'armée US.
D'autres femmes du mouvement nationaliste portoricain avaient été également lourdement condamnées.
Condamnée pour avoir participé à une attaque à main armée organisée par le mouvement dans le Connecticut en 1983, Alejandrina Torres était violée en prison, puis placée en cellule d'isolement à la prison de Lexington dans le Kentucky.

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Marilyn Buck

Purgeant sa peine de prison en même temps que Lebron, une autre femme, Marilyn Buck, devait également passer de longues années en prison. Elle vient de mourir à l'âge de 62 ans juste après sa libération, des suites d'un cancer, où le mal s'était aggravé à cause de son incarcération.
Marilyn Buck militait dans les années 60-70 dans un climat général très politisé, où elle participait à l'énorme mouvement de protestation contre le système étasunien: l'état capitaliste et la suprématie blanche.
Selon l'historien Dan Berger , ces militant-e-s contestataires utilisaient des termes que 'le gouvernement avait jugés trop virulents pour qu'il accepte une telle liberté d'expression'.
La répression brutale s'est alors abattue sur les Black Panthers et le Weather Underground, partisans de la lutte armée contre ce qu'ils estimaient être une puissance coloniale raciste.
Marilyn Buck avait manifesté contre la guerre du Viêt-Nam et contre le racisme; elle avait amené le mouvement de Libération des Femmes au SDS (Students for a Democratic Society), elle était pro-palestinienne, contre le Shah d'Iran, et soutenait les luttes des Indiens , des Mexicains-américains, et des Black Panthers.
En 1973, Buck était arrêtée, accusée d'avoir acheté deux boites de cartouches pour les Black Panthers et d'être en cheville avec eux. Elle était condamnée à dix ans de prison ferme. Ses demandes de liberté conditionnelle ayant été rejetées par trois fois, elle s'évadait de prison en 1977. Elle était à nouveau arrêtée en 1985, accusée d'avoir aidé Assata Shakurà s'évader de prison, et d'avoir collaboré au 'Resistance Conspiracy” ('complot de la résistance') du Weather Underground – soupçonné d'avoir projeté plusieurs attentats contre les institutions de l'état à l'est des Etats-Unis. A ce titre, elle était condamnée à 80 ans de prison en Californie, où elle a écrit des poèmes qui ont été primés et des articles analytiques sur la psychologie de la répression contre les femmes.
Elle explique que les femmes prisonnières politiques subissent des mauvais traitements qui leur sont propres dans la mesure où les femmes 'subissent déjà dès l'enfance une domination à la fois sociale et culturelle. Les femmes sont exposées à des humiliations et des privations encore plus cruelles'.
Classée comme 'terroriste', elle était placée en cellule d'isolement et tenue au secret après les attentats du 11 sept. Tenant des propos que Lebron n'aurait pas désavoués, Buck avait déclaré qu'elle ne voulait pas être une détenue oubliée mais 'une camarade de lutte dans le combat actuel contre l'impérialisme, l'oppression et l'exploitation'.

Lynne Stewart et Aafia Siddiqui, sans doute également des victimes de la suprématie blanche et de l'impérialisme, ont toutes deux subi les conséquences dramatiques de la période anti-“terroriste”/antimusulmans qui a débuté à la suite des attentats du 11/9.
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Lynne Stewart
L'affaire de Stewart est en réalité antérieure aux attentats de 2001 aux États-Unis — même si elle a été condamnée en vertu du Patriot Act (loi adoptée le 25 octobre 2001, NDT) dont certains disent qu'il n'aurait pas dû être appliqué pour son cas par le procureur général des États-Unis Ashcroft; quant à Siddiqui, elle figurait déjà aussi sur la liste de personnes sous surveillance du même Ashcroft.
La 'guerre hystérique contre le terrorisme' a engendré des changements profonds et rapides pour les droits politiques et civils du pays. Une des incidences immédiates a été la concentration des pouvoirs entre les mains de l'exécutif, qui donnait au président le pouvoir de décider en matière de guerre, de paix, et de lois.
Bush, et maintenant Obama, se sont servis des lois d'un Ministère de la Justice politisé, s'appuyant sur des lois comme le Patriot Act pour faire arrêter des milliers de personnes innocentes sans chefs d'accusation ni représentant légal, mais également pour sanctionner les avocats qui représentent les personnes accusées de 'terrorisme'.
L'avocate Lynne Stewart, a récemment été rejugée et condamnée après une première inculpation basée sur le Patriot Act.
A la suite de l'hystérie collective sur le terrorisme, Stewart, 69 ans, était incarcérée pour des raisons politiques en juillet dernier, pour avoir tenté de défendre son client, le cheikh Abdel Rahman, condamné pour avoir organisé un complot terroriste en 1996 à New York. Officiellement, elle était accusée d'avoir fourni, lors d'une conférence de presse, une aide matérielle à son client concernant son 'complot terroriste'.
Il n'est pas normal qu'elle ait été jugée en vertu du Patriot Act adopté en 2001. Elle était en liberté surveillée depuis l'année 2000, et les conditions des 'mesures administratives spéciales' (Special Administrative Measures, SAM) qui interdisent aux accusés de communiquer avec le monde extérieur, ne sont pas théoriquement censées concerner les communications entre l'avocat et son client.
Radiée du barreau, déshonorée, et condamnée à une peine de prison de 28 mois bien que souffrant d'un cancer du sein, ses collègues disent qu'elle avait été en fait incarcérée pour avoir toujours soutenu les Black Panthers et le Weather Underground. Stewart pense qu'ils ont voulu faire un exemple pour dissuader les autres avocats et avocates de défendre des causes et des personnages controversés'.
Au cours de son nouveau procès, le 15 juillet dernier, cet état de fait était encore plus évident. Alors que se multiplient les lois limitant les libertés civiles, les avocats, en particulier ceux qui ont une sensibilité de gauche, figurent parmi les premiers touchés. Condamnée initialement à 28 mois de prison, Stewart était alors condamnée à une peine de dix ans de prison, pratiquement cinq fois plus.
Lors du second procès, le juge, John Koeltl, a expliqué qu'elle avait menti au tribunal, avait abusé de sa position d'avocate et n'avait exprimé 'aucun remords'.
Stewart a raconté comment la prison l'avait “diminuée” … et qu'elle 'perdait des pans de sa personnalité'. Et elle a ajouté: “l'état policier est arrivé'.
'État policier', cela pourrait paraître excessif, mais peut-être pas. La prisonnière politique Laura Whitehorn a expliqué que, si la torture n'était pas un phénomène nouveau aux Etats-Unis, même pour les femmes, elle faisait aujourd'hui partie intégrante de l'impérialisme US, la suprématie blanche en étant un élément fondamental”— avec la torture comme 'arme de domination.”

Aafia-Siddiqui-2.jpgAafia Siddiqui avant

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Et aujourd'hui

Et donc, l'histoire étrange et trouble d'Aafia Siddiqui, 37 ans, neurologue d'origine pakistanaise, qui a fait ses études aux Etats-Unis et y travaillait depuis des années, et a été accusée de tentative d'assassinat sur des officiers de l'armée et des agents du FBI, implique très probablement qu'elle a été torturée par ses ravisseurs américains.
Siddiqui, à l'issue d'un procès étrange et troublant à New York en janvier, a été déclarée coupable, et le verdict, après avoir été récemment reporté, doit être prononcé le 23 septembre prochain. Sous surveillance au début des années 2000, à cause de ses activités liées à l'islam, elle avait disparu au Pakistan en 2003, pour ne réapparaitre qu'en 2008 en Afghanistan, désorientée et ayant sur elle des plans pour faire sauter des édifices à New York.
Beaucoup pensent qu'elle a été kidnappée par les USaméricains en 2003, avec ses trois enfants; violée, torturée, un de ses enfants sur le point de mourir, un qui avait disparu et un qui vit actuellement avec sa sœur. La journaliste britannique, Yvonne Ridley, a écrit que Siddiqui et d'autres femmes ont été, et sont, incarcérées à Bagram et dans d'autres prisons qui pratiquent la torture pour le compte des Etats-Unis. Les déclarations des témoins selon lesquels elle aurait tiré sur des militaires avec un fusil d'assaut, laissé, on ne sait pourquoi, à portée de main, sont peu crédibles. Car, c'est la seule qui ait été atteinte par une balle, grièvement blessée à l'abdomen.
Lady Al-Qaeda' (comme l'avait baptisée le NY Daily News) a été condamnée en janvier dernier. Elle semblait divaguer. Elle avait été contrainte par le juge de se présenter au tribunal tous les jours, ce qui impliquait qu'elle devait subir des fouilles au corps quotidiennes, ce qui s'ajoutait à toutes les atrocités dont elle avait souffert.
Alors que les associations de défense des droits humains assurent que ce n'est pas une extrémiste, Siddiqui a déclaré à la cour qu'elle avait été détenue dans une prison secrète par les Américains. Siddiqui était censée être jugée pour agression, pas pour activités terroristes, mais, pendant tout le procès, le Ministère public n'a pas cessé d'utiliser le terme de terroriste en se référant à elle. Il n'y avait aucune preuve formelle attestant qu'elle avait tiré sur des militaires ou qu'elle s'était livrée à des activités terroristes. Au cours du procès, les témoins ont décrit Siddiqui comme 'une femme complètement brisée'.
Nous pouvons nous réjouir que les femmes aient obtenu le droit de vote et le droit au travail, mais nous ne devons pas oublier la partie cachée de l'engagement politique des femmes dans ce pays.
Pour les femmes qui s'engagent en politique, pour Lebron et Buck, pour Stewart et Siddiqui, la vie en prison peut être abominable pour des raisons propres aux femmes. L'historien Dylan Rodriguez parle d''humiliation genrée” subie par les prisonnières politiques, par le biais 'd'actes spécifiques et extrêmes dus à la domination masculine violente'.
Les femmes, censées être traditionnellement des épouses et des mères dociles et relativement peu politisées, doivent payer, non seulement parce qu'elles luttent contre l'impérialisme et la suprématie des Blancs, mais également parce qu'elles sont considérées comme 'des femmes contre-nature'.

Linda Ford est une historienne spécialisée dans l'histoire des Etats-Unis et des femmes. Elle a très récemment enseigné à Colgate University et a écrit: Iron-Jawed Angels: Suffrage Militancy of the National Women’s Party.

Quelques liens complémentaires

Comment le FBI a liquidé les Panthères noires

Le 'Black feminism' (fr)

États-Unis. Amnesty International assistera à titre d'observateur au procès d'Aafia Siddiqui
Note personnelle:

Voilà le sort qui est réservé aux femmes qui se rebellent contre une société blanche, sexiste et violente qui veut cantonner les femmes à leurs casseroles, à leur vernis à ongles, au rôle de mère et au repos du guerrier reproducteur.
A ce propos, je voudrais rappeler que les femmes auraient rarement obtenu d'avancées de la part des élus, essentiellement masculins, sans le courage et la ténacité de ces militantes actives et résolues. D'autre part, les acquis des luttes antérieures ne sont jamais définitifs quand il s'agit des femmes et sont constamment remis en cause par la caste revancharde politico-religieuse (voir les atteintes actuelles au droit à l'avortement).
Et je voudrais donc rendre hommage à ces militantes féministes au nom de toutes celles qui bénéficient aujourd'hui - largement, et sans s'en rendre compte, souvent - du fruit de leurs luttes qu'elles ont souvent payées chèrement, parfois même de leurs vies.
Ignorer leurs combats, mépriser leurs revendications ou les moyens de lutte qu'elles ont employés, c'est vouloir les faire tomber dans l'oubli comme cherche à le faire toute la société capitalo-machiste qu'on se glorifierait de combattre par ailleurs.

Rappelons certaines de ces luttes:

Droit de vote

En France, le droit de vote sera accordé aux femmes, après de longues luttes, le 21 avril 1944 par le Comité français de la Libération nationale. Les hommes, eux, l'avaient obtenu le … 23 juin 1793.

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Suffragette
En Grande Bretagne, les suffragettes qui militaient pour le droit vote des femmes pendant 15 longues années - entre 1903 et 1918 – ont subi une répression terrible.
De nombreuses femmes furent emprisonnées, condamnées. Quand elles déclenchèrent une grève de la faim, le gouvernement ordonna de les gaver de force. Leurs manifestations sont violemment réprimées et certaines perdront la vie dans cette lutte. Pour avoir manifesté pour le droit de vote des femmes en 1909 à Londres, Lady Constance Lytton restera paralysée à vie suite aux violences policières ... la suite ici .

Et puis, rappel, en vrac et non exhaustif, des avancées obtenues grâce aux luttes des femmes et qui semblent aller de soi aujourd'hui pour certain-e-s:

1945 : Disparition de la notion de travail féminin. La législation proclame « à travail égal, salaire égal ».

1966 : Les femmes peuvent exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari.

1967 : La loi Neuwirth autorise la contraception sans lever l’interdiction de toute publicité en dehors des revues médicales. Il faut attendre 5 ans les décrets d'application.

1975 : Décret d'application de la loi autorisant l'avortement jusqu'à 12 semaines. Mais la loi de 1920, adoptée pour repeupler la France n'est pas abrogée, elle n'est que suspendue ! Toute propagande en matière de contraception et d'avortement reste interdite. L'avortement est toujours inscrit au Code Pénal.

1976 : Loi sur le divorce par consentement mutuel.

1979 : L’IVG est autorisée définitivement.

1980 : Loi précisant et élargissant la définition du viol.

1992 : Aggravation des peines pour les époux ou concubins coupables de violences familiales.

2001 : loi du 4 juillet sur l'avortement et la contraception : l'avortement est dépénalisé, le délai légal passe de 10 à 12 semaines, les femmes majeures n'ont plus d'obligation d'entretien social, suppression de l'obligation de l'autorisation parentale pour les mineures, possibilité d'avoir recours à un adulte référent, autorisation de stérilisation...

ET bien d'autres ici

Voir également ici les diverses luttes menées par les femmes depuis 1789.

Un peu d'histoire du 8 mars sur ce site.

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Les Indigènes de la république » La vie ou la mort ?

Les Indigènes de la république » La vie ou la mort ?: "La vie ou la mort ?

par Jacky Hortaut

Maître Robert R. Bryan, avocat principal de Mumia Abu-Jamal, vient de nous informer que la Cour d’Appel Fédérale de Philadelphie a fixé au 9 novembre la date de l’audience au cours de laquelle sera à nouveau examiné la situation de Mumia suite à la décision (janvier 2010) de la Cour Suprême des Etats-Unis qui avait annulé la suspension provisoire de la condamnation à mort et fait injonction à la Cour d’Appel de revoir son jugement.

L’enjeu est de savoir s’il sera exécuté ou s’il aura un nouveau procès pour statuer sur peine de mort ou la prison à vie (jurisprudence Mills).

Vous trouverez ci-dessous, en anglais, le point légal de la situation judiciaire.

Nous vous informerons rapidement des initiatives prises avec l’objectif de faire du 9 novembre une grande journée de mobilisation internationale pour faire pression sur les autorités américaines ... et surtout sauver Mumia !

D’ores et déjà, retenez qu’un Rassemblement aura lieu le MERCREDI 6 OCTOBRE à PARIS à 18 heures Place de La Concorde en présence notamment de Robert R. Bryan. Cette initiative s’inscrira dans la semaine de sensibilisation et de mobilisation dont le point d’orgue sera la journée mondiale contre la peine de mort du dimanche 10 octobre. Nous reviendrons sur les évènements qui marqueront cette semaine d’actions et dont la thématique sera consacrée cette année à la situation des Etats-Unis d’Amérique.

Merci de faire largement circuler cette information.

Pour le Collectif Unitaire National de soutien à Mumia Abu-Jamal rassemblant une centaine d’organisations et de collectivités publiques françaises,

Jacky Hortaut

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Procès de Sakina Arnaud à Bordeaux : le racisme était bien là, mais pas du côté de la prévenue… - CAPJPO-EuroPalestine

Procès de Sakina Arnaud à Bordeaux : le racisme était bien là, mais pas du côté de la prévenue… - CAPJPO-EuroPalestine: "Procès de Sakina Arnaud à Bordeaux : le racisme était bien là, mais pas du côté de la prévenue…
Par CAPJPO-EuroPalestine

Si la Cour d’Appel de Bordeaux a bénéficié vendredi de débats parfois très pointus au plan juridique, elle a aussi été le théâtre de méthodes carrément racistes, à l’encontre de la prévenue, Sakina Arnaud, poursuivie pour avoir apposé un autocollant « Boycott Apartheid Israël » sur une bouteille de jus de fruit censément « made in Israel ».

Sakina avait été condamnée à 1.000 € d’amende au début de l’année, pour ce fameux autocollant, au nom de l’article 24 alinéa 8 de la loi sur la presse (dite « loi de 1881 ») réprimant « l’incitation à la haine raciale ». Jugement mis en appel par Sakina.

Le procès de Sakina Arnaud est l’un des tout premiers en France, sinon le premier, dans le cadre de l’alliance entre le gouvernement français et Israël pour tenter d’étouffer le vaste mouvement citoyen qui se développe dans le monde entier sous le sigle BDS (Boycott Désinvestissements Sanctions).

Les agitateurs du lobby israélien en France, comme l’inénarrable Sammy Ghozlan ou l’avocat extrémiste Goldnadel, se vantent ainsi d’avoir déposé à ce jour une centaine de plaintes contre des militants de la solidarité avec le peuple palestinien, la dernière en date étant particulièrement grotesque et odieuse, puisqu’elle vise notre ami Stéphane Hessel, 92 ans, ambassadeur de France et rescapé du camp de concentration nazi de Buchenwald.

Près d’une centaine de militants des droits du peuple palestinien, venus de Bordeaux et d’ailleurs, étaient présents dans la salle du tribunal pour faire savoir à qui de droit que Sakina, membre d’une section locale de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) n’était pas seule, et qu’ils étaient pleinement solidaires de son action.

Et Sakina en eut à certains moments besoin, de ce renfort. Non pas pour s’expliquer sur son comportement et ridiculiser les accusations de haine raciale, ce qu’elle fit facilement à la barre. Mais plutôt pour faire face à des attaques vicieuses émanant des avocats des parties civiles (Goldnadel, Markovic, Dahan).

Ces derniers, oublieux du fait qu’ils sont, eux aussi, issus d’une immigration en France récente, ont ainsi fait des tentatives répétées pour insinuer le doute sur l’identité même de Sakina, et la faire passer pour une faussaire. Née Khimoun, fille d’immigrants algériens, Sakina a en effet des papiers d’identité et d’état-civil comportant une série d’incohérences, fruit amer des erreurs d’écritures commises par une administration française historiquement laxiste avec ses citoyens de second rang. Des centaines de milliers, sinon des millions de Français issus de l’immigration sont régulièrement confrontés à des telles situations.

Au bout d’un certain temps, ulcérée d’entendre les Dahan et Markovic, ainsi que la procureure, refuser à Sakina jusqu’à son nom d’épouse (Arnaud), la salle fit entendre une saine colère, des cris de « raciste ! » fusant des travées du public. Touchée au vif, la procureure finit par comprendre, et s’adressera dorénavant à « Mme Sakina Arnaud », comme c’est tout simplement son nom.

M° Antoine Comte, l’un des deux avocats de Sakina avec M° Raymond Blet, discuta tout d’abord la légalité même de l’article de loi utilisé pour la mise en examen (article 24 alinéa 8 de la loi sur la presse) au regard de la Constitution et de son socle qu’est la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789. Une disposition législative récente permet en effet de poser au tribunal une Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC), l’obligeant, s’il accepte le bienfondé de la requête, à transmettre la question à l’échelon supérieur de la magistrature, avant d’aborder l’affaire proprement dite (l’affaire Sakina). La présidente du tribunal a rejeté cette requête de transmission préalable, disant qu’elle y répondrait en même temps que sera rendu le jugement lui-même sur l’autocollant, le 22 octobre prochain. La défense pourra donc être amenée à former elle-même un pourvoi devant la Cour de Cassation.

Pour le reste, on retiendra de cette audience :

• le fait que Me Comte ait souligné que l’atmosphère était d’autant plus 'lourde' à cette audience que les juges avaient reçu des consignes du gouvernement, et que leur indépendance était donc mise en cause

• le démontage pièce par pièce du jugement aberrant de première instance, par les deux avocats, Mes Raymond Blet et Antoine Comte : jugement où il était par exemple écrit que l’expression « Boycott Apartheid Israël » avait pour objet, rien que ça, d’instaurer l’apartheid en Israël ! ;

• le témoignage de la députée européenne Nicole Kiil-Nielsen, qui remit bien à sa place le provocateur Goldnadel. Ce dernier s’était avisé de chercher des noises à Nicole à propos du désormais célèbre T-Shirt de couleur verte « Palestine Vivra ! Boycott Israël ». Nicole Kiil-Nielsen lui répondit qu’en matière de T-Shirts, alors oui, elle en avait bien vu, pour sa part, des spécimens incitant à la haine et au meurtre raciste : ceux dont raffole la soldatesque israélienne, en vente dans les boutiques branchées de Tel-Aviv, où l’on voit une femme palestinienne et son bébé transpercés par un tir sous le titre « Une balle, deux Palestiniens éliminés ».

• le témoignage de Maurice Rajsfus, rescapé du génocide dont les parents ont été assassinés à Auschwitz. Ecrivain, historien de la participation de l’Etat français au génocide des Juifs et aussi des crimes coloniaux de la France, Président de l’Observatoire des Libertés Publiques, Rajsfus insista notamment sur la fraude qui consiste, pour les avocats du terrorisme israélien, à exploiter la mémoire du génocide au service de leur sale besogne.

• Un mot enfin sur Gilles-William Goldnadel, partie civile au procès de Sakina pour son association Avocats Sans Frontières, l’une des casquettes qu’il cumule avec celles de Président de l’association France-Israël et de membre de la direction du CRIF. Goldnadel y alla de son traditionnel éructation sur l’antisémitisme des « islamo-gauchistes » dans cette salle, mais quand il aborda le thème de la « violence », Antoine Comte lui rappela qu’en matière de violence, Goldnadel ferait bien d’être plus discret, lui, le défenseur des fascistes du Bétar et de la LDJ, auteurs de multiples agressions, dont celle de la Librairie Résistances à Paris en juillet 2009, où des milliers de livres furent systématiquement détruits. Penaud, Goldnadel retourna s’asseoir.

Compte-rendu de Sud-Ouest
Par Florence Moreau
« Boycott apartheid Israël » : La cour pour tribune

Audience surchauffée, hier, devant la cour d’appel, pour le procès de Saquina Arnaud, jugée pour provocation à la discrimination nationale et raciale.

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