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samedi 2 juillet 2011

Je dénonce...!



Haïti: Il y a cinq cents ans, les premiers esclaves noirs arrachés de leurs terres ancestrales débarquèrent à Hispaniola sous le gouvernement du fervent chrétien Nicolás de Ovando. C'est le prélude de la traite négrière de l'Atlantique après le génocide perpétré contre la population indigène... dite « indienne ». Face aux répressions et humiliations, les esclaves puisaient dans leurs réserves spirituelles. Près de trois siècles plus tard, ils se révoltaient sous la direction des avatars de la liberté répondant aux noms de Butty Bookman et Jean-Jacques Dessalines. Puis, le grand miracle : ils osèrent créer un pays nouveau, en plein coeur du Nouveau Monde meurtri par le racisme, la colonisation et l'esclavage, sous le regard médusé des « civilisateurs ». 


Ainsi naquit le peuple haïtien, avec sa propre culture, sa propre langue, sa propre religion et sa propre définition de ''pays souverain et libre''. L'indépendance d'Haïti, déclarée le 1er janvier 1804, fut une épreuve de rupture avec l'oppression physique, morale, raciale, linguistique, culturelle et spirituelle de l'Haïtien. Les mots jumeaux ''liberté'' et ''justice'' trouvèrent leur sens le plus profond dans cette révolution du, par, avec, et pour le peuple. Tout fut à reconsidérer, à repenser, à reconstruire. Les anciens esclaves croyaient dans ce rêve d'une Haïti juste, unie, forte et prospère. C'est le début de la construction d'un État-nation unique dans l'histoire de l'humanité.

Aujourd'hui, deux siècles après l'épopée, l'enseignement tiré du comportement de la classe dirigeante d'Haïti me convainc : les barbaries de l'homme transcendent sa race, sa couleur, sa culture et son histoire. La colonne d'antipatriotes a systématiquement exclu les masses paysannes de la construction nationale. Les traîtres ont diabolisé leur culture et fait de leur rêve national un vrai cauchemar. Les apostats — après qu'ils eurent commis ce crime de haute trahison nationale et contre l'humanité, et arrêté la construction nationale — ont eu le courage de demander au peuple de se débrouiller dans le malheur, de « nager » seul pour se sauver du naufrage national. Les judas lui ont promis la démocratie en essayant de lui voler des élections, le traitant comme un sauvage réfractaire à cette même démocratie.
 



Face à toutes ces contre-vérités, toutes ces insultes, toutes ces violences, toutes ces accusations, toutes ces hypocrisies et toutes ces injustices contre le peuple, je me révolte. C'est pourquoi — au nom de l'esprit libérateur des ancêtres, au nom des progressistes de tous les coins, de toutes les classes et de toutes les couleurs du pays et de la Diaspora, au nom de la réconciliation solidaire de la nation, et au nom du peuple en lutte d'Haïti — je dénonce !


Rose Nesmy Saint-Louis, auteur de Le vertige haïtien - Réflexions sur un pays en crise permanente (Éditions L'Harmattan, Paris, 2010), ancien ''senior'' économiste au U.S. Bureau of Labor Statistics.

lundi 27 juin 2011

Quinzième alerte :L’homme et le perroquet


Dans un silence embarrassé, l’homme continue sa route. “Mesie, ou kon-nen…” la phrase comme poussée par un marteau pilon cherche à percer son cœur. Choqué par la dégradation de l’environnement qui l’entoure, il se sent pour la première fois coupable de la situation dans laquelle se trouve le pays.

Tout curieusement, il entend une voix qui parle au fond de lui-même. Il devient perplexe. Si la simple remarque d’un perroquet arrive à révolter une conscience aussi endurcie et rebelle comme la sienne fermée à la souffrance des autres depuis sa tendre enfance, cela signifie que la situation est vraiment grave dans le pays. Plus que malade, Haïti est moribonde.

Honteux d’être la part du problème plutôt que la solution, sans comprendre pourquoi, un sentiment de remords apparaît sur son visage. Il devient tout d’un coup blême et transformé. Une boule amère gonfle dans sa gorge voulant l’étouffer comme un canard sauvage. Une pintade déplumée. Secoué comme une feuille, son cœur palpite de plus en plus fort. Difficilement, il arrive à respirer. Chose bizarre, on dirait toute la malédiction du ciel arrive d’un coup sur ses épaules.

La preuve est là, nue devant ses yeux. La vue d’une vieille dame qui cherche sa nourriture dans une poubelle vient aggraver son malaise. A quelques mètres, un enfant nu qui joue dans une mare d’eau malodorante, le fait vomir. Tout gêné, il se demande en lui-même, comment il a pu refuser de reconnaître pendant un si long temps cette vérité. La faim tue en Haïti. L’hygiène dans différents quartiers de la capitale de même que dans les autres endroits dans le pays est plus que précaire. Simplement existante. Pas d’eau potable, pas d’électricité, pas d’infrastructures routières, pas de soins de santé, pas de sécurité, pas de service administratif…Haïti est un état bidon.

Quelques heures auparavant, il pouvait facilement fermer les yeux devant ce fait. Mais, après son dialogue avec le perroquet, sans savoir pourquoi, il devient une toute autre personne. Il n’est plus un animal. Il est maintenant un homme avec un coeur. Il peut voir la réalité, la comprendre et finalement capable de chercher une explication. La question qui vient dans sa tête est comment et pourquoi Haïti est arrivée à ce carrefour? Le carrefour de la honte, du désespoir. Un pays qui a seulement le nom de pays. (A suivre)

Jean Senat  Fleury

jeudi 23 juin 2011

L’homme et le perroquet


Qui n’a pas lu la dizième alerte aura du mal à comprendre le récit qui va suivre. Cependant, ceux-là qui ont lu le dialogue entre l’homme appelé “officiel” et le perroquet sont bienvenue à me suivre dans la deuxième partie de l’histoire.

“Mesie, ou kon-nen…”. La phrase tourne et retourne dans la tête de l’homme. Il veut bien retourner sur ses pas pour affronter le perroquet. Son problème, il ne sait pas quoi reprocher à l’animal. “Mesie…ou kon-nen….” Il devine bien que cette pause après la phrase signifie beaucoup et que les trois points à la fin peuvent être remplacés par toute une série d’épithètes. Perplexe, il se met à réfléchir. Il sait au fond de lui-même, il n’est pas un saint. Sa belle maison, sa voiture de luxe et bien plus….il les procure avec de l’argent volé. Des “magouilles” réalisées dans les caisses de l’Etat.

Mais mieux vaut faire semblant de ne pas comprendre. Pour quelle raison entamer une polémique avec un perroquet surtout quand il sait que son adversaire a raison. Cadre depuis dix ans dans l’administration publique, il accepte que son poste de directeur ne lui permet pas de mener cette vie de luxe qu’il a actuellement. Mais pourquoi doit-il s’en blâmer. Après tout, il n’est pas le seul à piller les caisses de l’Etat en Haïti. Tous les “Zotobre” le font depuis des ans et continuent à le faire jusqu’à maintenant. Personne n’a jamais été punie. 

Certains d’ailleurs on fait plus que voler. Ils ont tué l’Etat. N’est-ce pas vrai que plusieurs candidats avaient payé leur place au cours des dernières élections présidentielles et législatives dans le pays…Même l’ancien président avait été trompé. Ses “amis” ne l’ont-ils pas piégé en le faisant signer la promulgation d’un faux amendement constitutionnel? Tout le monde critique le chef de l’Etat. Mais lui, il pardonne le président. Comment condamner quelqu’un qui boit jour et nuit pour chercher à se déconnecter avec le quotidien. On dit en plus qu’il n’a rien fait pendant les deux mandats passés à la tête du pays. Mais ceux qui l’avaient voté ignoraient-ils qu’il a été un boulanger. Le métier du boulanger n’est-il pas toujours de rouler la farine en pâte pour faire du pain. Comment n’avait-on pas réalisé qu’il allait rouler tout le monde comme il a l’habitude de le faire dans son métier. (A Suivre)

Jean Senat Fleury

lundi 20 juin 2011

Haiti : Un peuple trop résigné


J’ai passé des années à réfléchir pour comprendre cette mentalité de résignation chez l’Haïtien et finalement déçu de trouver une réponse dans mes recherches j’ai décidé d’écrire cette note afin de réclamer le concours de quelqu’un pour m’expliquer le phénomène. Et dire que j’ai une grande expérience de terrain en Haïti. Pour avoir été juge de paix à l’âge de vingt-trois ans, commissaire du gouvernement à l’âge de vingt-six ans, juge et juge d’instruction à Saint-Marc, à Port-au-Prince , et aux Gonaives en charge des dossiers les plus brûlants – Massacre Raboteau, assassinat Jean Léopold Dominique, de Jean-Marie Vincent, de Mireille Durocher Bertin, responsable du dossier de drogue pour mener une lutte acharnée contre les plus grands criminels (Il me vient en tête le combat que j’ai mené contre le Ministre Gary Lissade, Jacques Kétant et consorts en 2001 …-; responsable de formation tant à l’académie de police qu’à l’école de la magistrature à Port-au-Prince, professeur de français pendant vingt-ans au lycée, professeur de droit pénal et constitutionnel, intervenant dans différentes facultés: école de droit de Saint-Marc, école de droit des Gonaives, école de droit du Cap-Haïtien, académie consulaire et diplomatique, auteur de six ouvrages sur Haïti, et ma plus grande expérience en qualité de militant au changement en 2005-2006, un an avant de laisser Haïti pour résider aux Etats-Unis après avoir donné ma démission dans la Justice, je faisais le tour du pays à faire campagne.

 Je me posais souvent cette question comment un peuple peut-il si résigné dans sa situation. J’ai souvent observé avec tristesse cette foule composée surtout de femmes qui marchent pendant des kilomètres pour prendre part à des réunions de prière dans des locations haut perchées, perdues dans les montagnes. Je me disais:” Est-ce que ces personnes font tout ce voyage dans l’espoir que leurs doléances trouveront plus facilement les oreilles du Bon Dieu.”

En théorie, ces religieux et religieuses peuvent réciter par cœur toutes les prières, mais dans la pratique ils ne sont pas capable d’appliquer les enseignements du Christ dans la bible. En bon prophète et révolutionnaire, Jésus a pris son fouet pour chasser dans la temple de son Père tous les mercenaires qui avaient utilisé cette place pour faire de l’argent “sale”. Je ne critique pas la foi chrétienne de quelqu’un et je ne dis pas non plus que c’est une mauvaise chose de prier. Cependant, on doit reconnaître que notre façon de prier en Haïti parfois tue notre détermination à prendre en main notre destin. Un passage biblique dit :” Aide-toi et le ciel t’aidera.” 

L’Haïtien, je pense, par sa façon de prier, croit que seul au ciel va arriver sa délivrance. Pourtant, il serait bien plus efficace de suivre cet exemple du Christ dans la bible. En face d’une situation inacceptable, il a pris son fouet pour chasser tous les mercenaires, les voleurs, les corrompus qui étaient en train de souiller la maison de son Père. C’est un bon exemple à suivre actuellement en Haïti. On doit prendre un fouet pour chasser tous ces mercenaires, ces voleurs, ces corrompus, qui aujourd’hui sont en train de piller les caisses de l’Etat. Tracer un exemple en châtiant tous les malfrats qui se mettent en croix pour empêcher la reconstruction du pays.

Partager cette opinion avec un confrère haïtien il répondra: “Ou Konnen, pa gen priè ki pa gen amen. La fin du monde pa lwen. Kite yo fè…” C’est ce que nous appelons ici une mentalité de soumission. Avec une attitude pareille, il ne sera jamais possible de reconstruire Haïti. Le grand défi maintenant comment forcer nos Eglises: Catholiques, Protestantes… à enseigner un autre message dans le pays. La vraie parole, celle enseignée par le Christ à la base de justice et égalité pour tous.

(A Suivre)

Jean Senat Fleury