lundi 27 juin 2011

Le peuple sénégalais se lève pour dire une fois pour toutes : NON au népotisme !



Manifestation devant l’Ambassade du Sénégal à Paris – 23 juin 2011
Wade : trop, c’est trop ! Retirer ton projet ne nous suffit plus, tu dois dégager et rendre au peuple sénégalais tout ce que tu lui as piqué. Tes jours sont comptés. De l’injustice, l’incompréhension et surtout l’arbitraire ne peut naître que la barbarie.

En France, la jeunesse sénégalaise s’est levée depuis mercredi 14h pour occuper le Consulat du Sénégal à Paris. Avec une détermination et un sérieux exemplaires, ils ont montré aux autorités sénégalaises et française qu’ils sont prêts, à tous prix, à mettre fin à l’injustice que subit leur peuple.
En garde à vue, dans les locaux de la police française, toute la nuit s’est tenue des AG pour penser comment organiser la suite de la lutte jusqu’à ce qu’Abdoulaye Wade dégage.
Enfermés 24h, cela n’a pas empêché le mouvement de continuer dans Paris. Dès que nos sœurs et frères ont appris notre arrestation, ils se sont mobilisés. Cette mobilisation a causé d’autres arrestations.


Tout ça pour vous dire que notre combat ne fait que commencer et tous ensemble, nous sommes en train de nous organiser pour en finir avec Abdoulaye Wade.

SeynabouAïssata et Emné, nos trois mamans qui nous ont encadrés, chéris et surtout donnés du courage lors de l’occupation et de l’arrestation, elles ont été dignes, déterminées et nous ont apporté tout ce qui pouvait nous manquer dans ce combat, c’est-à-dire le calme et la sérénité. Bravo mamans !

D’ici, j’envoie un message à Alioune Tine :
Salut vieux, j’ai appris qu’ils t’ont eu, physiquement je veux dire, tu sais mon grand, ces gars n’ont pu rien nous donner que des coups. Talla a subi le même sort et ils ont massacré des milliers des nôtres mais là, trop c’est trop ! Serre tes dents et relève-toi vite.  Nous devons faire table rase,  construire notre pays et nous avons besoin de tout le monde.  Nous devons les chasser du pouvoir, les empêcher de fuir et même s’ils arrivent à nous échapper,  les courser partout dans le monde pour reprendre notre dû.

Alioune, en écrivant ce texte, je viens de recevoir un sms qui me signale que Karim Wade, « l’enfant prodige », est logé en ce moment au 50 avenue FOCH à Paris.  Il peut essayer de ce cacher, son heure viendra.

A nos frères et sœurs du Sénégal, ne lâchez rien, nous ne lâcherons  rien nous non plus. Et s’il le faut, nous nous organiserons en masse pour regagner le pays.
La nature n’a jamais créé deux choses de la même manière, la Tunisie n’est pas la Côte d’Ivoire, la Côte d’Ivoire n’est pas le Sénégal.  

Vive le peuple Sénégalais ! 
L’injustice ne passera pas !


Bamba GUEYE LINDOR
Paris, le 24 juin 2011

Seizième alerte : L’homme et le perroquet


Perdu dans sa réflexion, l’homme continue à regarder autour de lui. La même question passe et repasse dans sa tête :”Comment et pourquoi Haïti est arrivée à ce tournant ?” Décidé de trouver une réponse à cette question, il comprend que la première démarche à entreprendre est de travailler sur sa personne pour devenir un patriote, un citoyen conséquent et honnête. Un nationaliste zélé prêt à faire tous les sacrifices pour le progrès et le développement de son pays.

La première leçon retenue dans le dialogue avec le perroquet : “Mesie, ou kon-nen”. Une simple phrase qui peut remplir le contenu d’un dictionnaire Larousse pour sa définition.Avant cette rencontre, Il était tellement fier de sa personne, et enflé dans son ego qu’il avait décidé d’abandonner le premier cercle de ses amis pour bâtir sa maison dans les hauteurs de Pétion-Ville. Thomassin 48. En effet, son passé de fils d’un commandant de milice qui faisait la pluie et le beau temps sous les Duvalier, ne l’aidait pas après 1986. Son père, après le 7 février, le départ de Jean-Claude, avait pris toutes les précautions pour cacher son revolver et son uniforme kaki bleu afin d’éviter les représailles. En bon élève, une fois il a gagné assez d’argent pour s’offrir une vie de luxe, il abandonnait le quartier de Poste-Marchand pour se réfugier dans les hauteurs où les parvenus riches et les “bourgeois” habitent en Haïti.Là, il se sentait tout à son aise – maison de luxe avec piscine- plusieurs voitures de marque, câble TV, internet, fax machine, génératrice, sécurité privée… Tout en repos dans son paradis, il s’en fichait des problèmes du sous-développement d’Haïti qu’on relate dans les livres. Même la plupart de ses achats, il les faisait en République Dominicaine et parfois même il prenait l’avion pour s’approvisionner à Miami.- A ses pieds, Port-au-Prince, le centre de la capitale, s’étalait comme une vaste plaine où la misère, la prostitution, la promiscuité, la chaleur, l’insalubrité…, bref où tous les problèmes sur la terre trouvent un refuge tranquille et agréable. Il y met les pieds, juste pour son travail et rarement pour se rendre à la plage. Un espace clôturé –Côte des Arcadins- sur lequel il a bâti une villa juste pour passer un week-end au bord de la mer. Renforçant les leçons à la base de son expérience avec son père, de ces nouveaux amis, il a apprit le sens de ce proverbe assez populaire dans le milieu :”Pa jam-m manje kote ou kaka.” Ces gens faisant fortune à la Croix-de-Bossales, mettaient les pieds dans le centre ville juste pour leur commerce et dans l’après-midi regagnaient leur confort dans les hauteurs. Haut Pétion-Ville. Un milieu à partir de maintenant il décide d’abandonner car trop corrompu pour un révolutionnaire. Tout en lui-même, il reconnaît être devenu une autre personne. Aussi bizarre qu’il paraît, en moins de quelques heures, une simple remarque venant d’un perroquet le transforme en l’homme qu’il est maintenant. Un révolutionnaire disposé à connaître pourquoi son pays est arrivé à ce stade. Il est conscient du danger auquel il doit faire face pour changer le monde autour de lui. Car les durs en Haïti ne pardonnent pas la trahison. Avoir été un membre du clan, voilà une autre raison pour mettre sa tête à prix. Mais, plus fort que sa peur; sa détermination de chambarder le système rétrograde qui cause le malheur de tout un peuple en détruisant le futur de toute une génération, forçant des centaines et des centaines de compatriotes à abandonner leur patrie pour venir s’humilier en terre étrangère devient maintenant son but de vivre avant de mourir.



Jean Senat Fleury

Martelly se moque des haïtiens avec son comité de liaison « extraterrestre».


1)      En plus des « va-t’en-guerre » frères Mayas-Paul,  Martelly nomme le brave Dr Pompée, fils de l’ex-ambassadeur de JC Duvalier Pierre Pompée auprès du Vatican,  tous vivant dans la « bulle mickyste » sans aucune expérience politique et sans connaissance du terrain et du parlement.

2) Martelly ressuscite un certain Calixte Valentin qui a du démissionner de son poste de maire intérimaire des Gonaïves nommé par Latortue. En effet, sous la pression de la population qui l’a chahuté à l'occasion de la commémoration du 201ème anniversaire de la proclamation de l'Indépendance nationale selon le Nouvelliste dans son édition du 5 juin 2005 et « comblé de honte devant l'acharnement des manifestants » Valentin avait jeté l’éponge en démissionnant à cause de sa mauvaise gestion du cyclone Jeanne.  

3) Que sont donc devenus les vieux routiers « seniors » tels Daniel Supplice, Gervais Charles, Michelle Oriol etc… Pourquoi mettre en face du Parlement des « juniors extraterrestres»

Décidément, Martelly n’a rien appris de l’affaire Rouzier. Il repart aux USA où il a déjà effectué 3 voyages en moins de 3 mois. Plus intéressé à être dans son jet privé aux frais de ceux qui vivent sous les tentes, il délègue les patates chaudes à des extraterrestres de la politique. Chaque jour qui passe le bateau prend de l’eau. A moins que ce soit un calcul, question de miner les chances de son nouveau premier ministre désigné et ainsi avoir toute la latitude pour garder son cousin Bellerive par défaut comme premier ministre « de facto ».

Jwet pou Daly Valet ak Frantz Duval !

Haïti : le déclin de l'épidémie de choléra pourrait n'être que temporaire


Au milieu du mois de mai, Médecins Sans Frontières a assisté à une augmentation sensible du nombre de cas de choléra dans la capitale haïtienne de Port-au-Prince, notamment dans le quartier très peuplé de Carrefour.
En avril, le nombre de cas de choléra pris en charge par MSF était descendu sous la barre des 400 patients par semaine à Port-au-Prince. Mais en mai, le nombre de cas a brusquement commencé à remonter en flèche. Au cours de la deuxième semaine de juin, MSF a traité 2 891 cas, soit six fois plus qu'au cours de la dernière semaine d'avril.
La poussée épidémique semble à présent se calmer. Durant la semaine se terminant le 19 juin, MSF a traité 1 470 cas, soit près de 50% de moins que la semaine précédente.
« La diminution du nombre de cas enregistrée la semaine dernière est une bonne nouvelle, mais nous ne devons pas nous réjouir trop tôt. L'épidémie de choléra en Haïti est loin d'être terminée, » a expliqué Sylvain Groulx, chef de mission MSF. « Le personnel soignant doit rester prêt à intervenir. En outre, de réelles améliorations s'imposent toujours d'urgence dans le domaine de l'hygiène, de l'assainissement et de l'approvisionnement en eau potable. A la veille de la saison des ouragans et de la deuxième saison des pluies, on peut craindre à tout moment une nouvelle flambée épidémique. »

Entre le 2 mai et le 19 juin, MSF a traité 11 082 patients atteints de choléra à Port-au-Prince. Au cours de cette période, 39 patients sont décédés, soit moins de 0,4% des cas traités. Le choléra est une maladie grave, qui tue rapidement en l'absence de traitement. MSF insiste néanmoins sur l'importance de réduire le taux de mortalité à moins de 2%.
Suite à cette nouvelle flambée, MSF a rapidement renforcé ses capacités de traitement du choléra à Port-au-Prince. Plus d'un millier de lits, répartis sur huit centres de traitement dans la ville, sont à présent disponibles. Le 3 juin, MSF a également organisé une conférence de presse à Port-au-Prince, appelant le gouvernement et les acteurs internationaux de la santé à déployer une réponse appropriée. MSF continue à insister pour que les autorités sanitaires haïtiennes améliorent le suivi du choléra et leur capacité de prise en charge.
Si le quartier de Carrefour a été touché de plein fouet par cette récente recrudescence, aucune cause n'a encore clairement été identifiée. Les épidémiologistes et les spécialistes eau et hygiène de MSF prennent actuellement des mesures pour s'attaquer aux causes de la transmission et prévenir la propagation de la maladie.
Depuis le début de l'épidémie de choléra en Haïti, en octobre 2010, MSF a traité plus de 140 000 patients dans tout le pays, soit environ 40% des 330 000 cas recensés. Au cours des huit derniers mois, le choléra a tué plus de 5 000 Haïtiens.
Le choléra peut avoir une issue fatale très rapidement mais se guérit aisément lorsqu'il est traité à un stade précoce. Mais de mauvaises conditions d'hygiène et d'assainissement favorisent la propagation de la bactérie responsable de la maladie. Le respect des mesures d'hygiène, un dépistage et un traitement précoces et la consommation d'eau préalablement désinfectée doivent permettre aux Haïtiens de se protéger contre la maladie.

Martelly doit tirer leçon de la réalité politique


Nombreux sont ceux qui pensent que le président de la République n'avait pas assez fait pour assurer la ratification du choix de Daniel Gérard Rouzier, son Premier ministre désigné. Pour le sénateur Jean-Hector Anacacis, Michel Martelly n'a pas d'autre choix que de négocier avec les parlementaires. L'ambassadeur de France à Port-au-Prince, Didier Le Bret, voit dans ce rejet le jeu de la démocratie, tout en appelant les concernés à tirer leçon de cet exercice. Même position pour Edgard Leblanc Fils, responsable de l'Alternative.

Avec le rejet de Daniel Gérard Rouzier, Michel Martelly a essuyé son premier échec et doit tirer la leçon de ce qui s'est passé, de l'avis de plus d'un. Pour l'ambassadeur de France à Port-au-Prince, ce vote de la Chambre des députés fait partie du jeu de la démocratie. Didier Le Bret estime que le chef de l'Etat devrait désigner un autre chef de gouvernement. Selon lui, des leçons doivent étre tirées de cet exercice. 

De son côté, le vice-président du Sénat croit que M. Martelly n'a d'autre choix que de négocier avec la majorité de l'INITE au Parlement, s'il veut arriver à mettre sur pied son gouvernement. « M. Martelly doit comprendre qu'il n'est pas dans une compétition de groupes musicaux. Il s'agit de la politique; il doit y avoir des compromis et de l'entente », a martelé le sénateur Jean-Hector Anacacis sur les ondes de Radio Magik 9 ce mercredi. 

« Ce vote ne me surprend pas. Je l'avais dit. Car, la façon dont le président Martelly gérait l'affaire, cela était prévisible. Le choix de Daniel Gérard Rouzier n'avait pas fait l'unanimité dans l'équipe du président. Il y avait des désaccords sur sa désignation », a-t-il expliqué. Pour le parlementaire, la politique est un jeu de compromis. Il faut aller à la recherche de la majorité lorsqu'on ne l'a pas au Parlement. 

« Dans les prochains six mois, M. Martelly est condamné à fonctionner avec la majorité de l'INITE », a-t-il dit.

Selon Anacacis, M. Rouzier a décidé de négocier avec la minorité au Parlement aux dépens de la majorité de INITE. C'est ce qui a conduit à sa perte. Sa plus grande erreur, c'est de s'attaquer à la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH). « Bill Clinton est incontournable », disait-il à qui veut l'entendre. 

« Daniel Gérard Rouzier est victime de sa méconnaissance de la réalité du pays. Il est pris au piège. Michel Martelly ne l'a jamais voulu comme son chef de gouvernement. Sinon, il n'aurait pas laissé le pays le jour même où la Chambre des députés devait se prononcer sur son cas. Sa visite médicale à Miami aurait pu attendre. Il n'était pas son vrai choix », selon les réflexions du sénateur. 

Par ailleurs, l'intervention dans la presse du chef de cabinet de M. Martelly, Thierry Mayard Paul, disant que l'Exécutif ne va rien négocier du tout et que la négociation est un terme impropre, n'a pas joué en faveur du Premier ministre désigné. Au contraire, il a contribué à endurcir la position des députés, selon Anacacis.

« Le président Martelly ne doit pas dire à la population qu'il est bloqué par le Parlement. Comme lui, les parlementaires ont été élus par le peuple. Ils ont une responsabilité partagée », a fait savoir le vice-président du Sénat.

Pour l'ancien sénateur Edgard Leblanc Fils, responsable de la plateforme politique Alternative, le vote de la Chambre des députés prouve un très faible appui à Daniel Gérard Rouzier. Lui aussi croit que les interventions de Thierry Mayard Paul n'ont pas du tout facilité les choses à Daniel Gérard Rouzier. 

« Le président doit tirer des leçons de ce vote pour ne pas essuyer un autre échec de ce genre », a-t-il avancé, tout en appelant les différentes parties en litige à prioriser le chemin du dialogue et de la négociation. 

Pour sa part, la mission de l'ONU en Haïti encourage vivement les pouvoirs constitués de l'Etat à tout mettre en oeuvre afin de doter le pays, sans plus tarder, d'un gouvernement qui, de concert avec le Parlement, les acteurs de la classe politique, la société civile et les partenaires internationaux, pourra lancer les grands axes de la stratégie présidentielle pour l'éducation, l'emploi, l'Etat de droit, et l'environnement. 

« Chaque jour qui passe repousse davantage l'ancrage de la nouvelle dynamique politique constructive réclamée par les citoyens par la voie des urnes. Il ne fait aucun doute que tous les Haïtiens sont unis dans leur volonté de voir les grands chantiers à venir, y compris ceux relatifs à l'amélioration de leurs conditions de vie, avancer le plus rapidement possible », lit-on dans un communiqué de la MINUSTAH en date du 22 juin 2011.

En consultation avec les présidents des deux branches du Parlement- tous deux membres de l'INITE- le président Martelly doit désigner un autre Premier ministre, puisque Daniel Gérard Rouzier a été lamentablement rejeté par la Chambre des députés avec 19 voix pour, 42 contre et 3 abstentions.

Après cet échec, l'homme d'affaires Daniel Gérard Rouzier a fait savoir à l'AFP qu'il va reprendre ses activités antérieures. « J'étais prêt à servir mon pays, mais je réalise que je ne réponds pas au profil politique que certains recherchaient. Alors je continuerai à faire ce que je faisais auparavant », a avancé le PDG de la Sun Auto et de E-Power.

Robenson Geffrard

Quinzième alerte :L’homme et le perroquet


Dans un silence embarrassé, l’homme continue sa route. “Mesie, ou kon-nen…” la phrase comme poussée par un marteau pilon cherche à percer son cœur. Choqué par la dégradation de l’environnement qui l’entoure, il se sent pour la première fois coupable de la situation dans laquelle se trouve le pays.

Tout curieusement, il entend une voix qui parle au fond de lui-même. Il devient perplexe. Si la simple remarque d’un perroquet arrive à révolter une conscience aussi endurcie et rebelle comme la sienne fermée à la souffrance des autres depuis sa tendre enfance, cela signifie que la situation est vraiment grave dans le pays. Plus que malade, Haïti est moribonde.

Honteux d’être la part du problème plutôt que la solution, sans comprendre pourquoi, un sentiment de remords apparaît sur son visage. Il devient tout d’un coup blême et transformé. Une boule amère gonfle dans sa gorge voulant l’étouffer comme un canard sauvage. Une pintade déplumée. Secoué comme une feuille, son cœur palpite de plus en plus fort. Difficilement, il arrive à respirer. Chose bizarre, on dirait toute la malédiction du ciel arrive d’un coup sur ses épaules.

La preuve est là, nue devant ses yeux. La vue d’une vieille dame qui cherche sa nourriture dans une poubelle vient aggraver son malaise. A quelques mètres, un enfant nu qui joue dans une mare d’eau malodorante, le fait vomir. Tout gêné, il se demande en lui-même, comment il a pu refuser de reconnaître pendant un si long temps cette vérité. La faim tue en Haïti. L’hygiène dans différents quartiers de la capitale de même que dans les autres endroits dans le pays est plus que précaire. Simplement existante. Pas d’eau potable, pas d’électricité, pas d’infrastructures routières, pas de soins de santé, pas de sécurité, pas de service administratif…Haïti est un état bidon.

Quelques heures auparavant, il pouvait facilement fermer les yeux devant ce fait. Mais, après son dialogue avec le perroquet, sans savoir pourquoi, il devient une toute autre personne. Il n’est plus un animal. Il est maintenant un homme avec un coeur. Il peut voir la réalité, la comprendre et finalement capable de chercher une explication. La question qui vient dans sa tête est comment et pourquoi Haïti est arrivée à ce carrefour? Le carrefour de la honte, du désespoir. Un pays qui a seulement le nom de pays. (A suivre)

Jean Senat  Fleury

Le drame grec entre dans une nouvelle phase



Le drame grec s’intensifie de jour en jour et d’heure en heure, menaçant la stabilité de toute l’Union Européenne. Mardi, le gouvernement de Papandréou a obtenu un vote de confiance, au Parlement, pendant qu’à l’extérieur du bâtiment des dizaines de milliers de gens criaient : « Voleurs ! Voleurs ! » Leur colère n’est pas seulement dirigée contre les mesures d’austérité, mais aussi contre les politiciens en général. 


Dans l’espoir d’éviter un défaut de payement, le Premier ministre s’efforce de gagner un soutien à de nouvelles coupes drastiques. Mais désormais, personne de sérieux ne croit qu’un défaut peut être évité – ni dans les rues d’Athènes, ni à Bruxelles. La question n’est pas si la Grèce fera défaut, mais quand et dans quelles conditions. Le remaniement ministériel a été approuvé, au Parlement, par une très faible majorité : 155 voix pour, 143 contre et deux abstentions. Les députés vont maintenant devoir approuver vingt huit milliards d’euros de coupes budgétaires, de hausses d’impôt et de privatisations. Les dirigeants de l’Eurozone conditionnent la tranche de prêt de douze milliards à l’adoption de ces nouvelles mesures. 
Ce n’est plus une crise gouvernementale ; c’est une crise du régime lui-même. Les alarmes sonnent dans tous les gouvernements d’Europe – et au-delà.


Vote de confiance 


Tous les partis politiques peuvent sentir les flammes de la révolte dans leur dos. Pour tenter une diversion, une partie de l’opposition a brièvement quitté le Parlement, lors du débat préalable au vote de confiance. Cela n’a convaincu personne – et, finalement, les mêmes ont accordé leur soutien à Papandreou. Naturellement ! 

Papandréou avait un joker dans sa manche. La droite ne veut pas d’élections immédiatement, car elle a peur de les gagner. Elle ne veut pas la patate chaude – pour le moment. Elle préfère que Papandreou fasse le sale boulot à sa place. De même, la menace d’une révolte, parmi les députés du PASOK, s’est soudainement évaporée. Après avoir fait beaucoup de bruit, ils ont voté ce que la direction du parti leur demandait de voter. Cela souligne la vraie nature des « réformistes de gauche ». En dernière analyse, la gauche réformiste du parti n’a pas de position indépendante. Elle finit par s’accrocher à la droite du parti – laquelle défend le capitalisme et s’accroche donc à la classe capitaliste. C’est le vieux dilemme des socio-démocrates, dans tous les pays. Une fois au pouvoir, ils doivent faire un choix : soit ils défendent les intérêts des travailleurs en attaquant le Capital ; soit ils défendent le Capital en attaquant les travailleurs. Ils s’engagent toujours dans la seconde voie. L’aile droite le fait sans hésiter, d’une main ferme. L’aile gauche hésite, proteste – mais finit par s’y résoudre, parce qu’elle n’a aucune alternative à proposer. Elle est organiquement incapable de maintenir une position ferme.Papandréou a jusqu’au 28 juin pour obtenir un vote sur les vingt huit milliards d’euros de mesures d’austérité, faute de quoi Bruxelles renoncera à la nouvelle tranche d’« aide ». Cela revient à menacer de couper les tubes qui maintiennent en vie un patient en soins intensifs. Les gouvernements d’Allemagne et des autres pays créditeurs sont confrontés à un sérieux problème. Dans toute l’Europe, des politiciens de droite s’exclament à l’unisson : « ne payez pas les Grecs ! » En blâmant le peuple grec, ces démagogues chauvins essayent de protéger les vrais coupables : les banques et le système capitaliste lui-même. Depuis l’effondrement de 2008, les gouvernements ont jeté des milliards d’euros dans les coffres des banques, pour combler des trous creusés par des décennies de spéculation et d’escroqueries. Puis ils nous ont informés qu’il n’y a plus d’argent pour les hôpitaux, les écoles, les retraites – et que « tout le monde doit se serrer la ceinture » (tout le monde sauf les banquiers, naturellement). Jusqu’à récemment, ils semblaient s’être assez bien sortis de cette gigantesque arnaque. Mais la crise grecque change la donne. Il est vrai que la Grèce est un cas extrême. Mais en réalité, tous les gouvernements européens piétinent les règles du traité de Maastricht. La Grèce n’est que le bouc émissaire de la crise du capitalisme européen. C’est le maillon le plus faible de la chaîne. Mais il y a bien d’autres maillons faibles. Tous sont liés entre eux et tomberont ensemble. La jeunesse et les travailleurs grecs ont eu le courage de se soulever contre les parasites et les usuriers. Un travailleur grec interviewé par une chaîne de télé expliquait : « Je travaille dur pour vivre, comme tout le monde. Je ne suis pas responsable de cette crise et de ces dettes. Pourquoi est-ce que je devrais payer ? » C’est une très bonne question, que des millions de travailleurs européens peuvent se poser. Keynes disait : si un homme doit cent livres sterling à une banque, il a un problème ; mais s’il lui doit un million de livres, c’est la banque qui a un problème. L’UE a désormais un très gros problème. Si la Grèce ne paye pas sa dette – qui s’élève à 150 % de son PIB –, elle devra quitter la Zone Euro. Cela provoquerait des pertes massives pour les banques et les investisseurs européens qui ont prêté de l’argent à la Grèce. L’Allemagne et la France sont au premier rang des pays exposés. Trois banques françaises ont vu leur note baisser du fait de leurs placements en Grèce. C’est un avertissement. Aussi les Allemands et autres créditeurs n’ont-ils d’autre choix que de prêter davantage à la Grèce – en retenant leur souffle. Ils savent que si la Grèce fait défaut, la contagion se propagerait rapidement au reste de l’Europe, soumettant l’euro à des pressions insoutenables. L’avenir de l’UE elle-même est sérieusement menacé.

La « contagion » ne concerne pas seulement l’économie. Cela s’applique aussi à la politique. Le mouvement en Espagne se poursuit : deux cent cinquante mille personnes ont battu le pavé à Barcelone, dimanche dernier. En Grande Bretagne, les syndicats du secteur public préparent une grande vague d’actions coordonnées pour le 30 juin. 
Implications révolutionnaires 

Le ton des dirigeants de l’UE est de plus en plus menaçant : il faut des coupes franches et des privatisations massives – « ou sinon… ». Mais la masse de la population grecque rejette le nouveau paquet de mesures. Il n’est même pas certain qu’il pourra être approuvé au Parlement. 


Tout en reconnaissant que les mesures d’austérité son sévères, Papandréou insiste sur l’idée qu’« il n’y a pas d’alternative » (ce qui est vrai, sur la base du capitalisme). Il répète qu’une élection est la dernière chose dont la Grèce a besoin. Par « Grèce », bien sûr, il entend les capitalistes et les banquiers. « Il y a une lumière au bout du tunnel », dit le Premier ministre. Mais il n’a pas précisé qu’il s’agissait des phares d’un train lancé à toute vitesse dans l’autre direction. La Grèce ne peut pas même payer les seuls intérêts de sa dette. Et les nouvelles mesures d’austérité ne feront qu’affaiblir la demande et aggraver la récession – ce qui réduira davantage les recettes fiscales, censées payer les créditeurs. C’est une spirale descendante dont on ne voit pas la fin. Mais la classe dirigeante a surtout peur des masses. Les manifestants sont déterminés à organiser une mobilisation exceptionnelle à l’occasion du vote du plan de rigueur. Les syndicats discutent d’une grève générale de 48 heures. La grève des électriciens montre qu’à elle seule, cette section de la classe ouvrière a les moyens de paralyser l’économie. La situation exige une direction révolutionnaire. Et c’est précisément ce qui manque. Alexis Tsipras, dirigeant du parti Synaspismos (gauche) a dit : « On ne nous propose pas de sauver l’économie, mais de la piller avant de proclamer la faillite ». C’est correct. Mais malheureusement, les dirigeants de Synaspismos n’offrent aucune perspective au mouvement de masse. Ils sont à la remorque du mouvement – et non à sa tête. 

La position des dirigeants du Parti Communiste Grec (KKE) est pire encore. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour tenir les travailleurs communistes à l’écart du mouvement et le diviser. Ils se méfient de tout ce qui n’est pas sous leur contrôle bureaucratique. Au mieux, ils utilisent le mouvement de masse pour faire avancer leurs ambitions électorales. Au pire, ils le considèrent comme « réactionnaire ». 


Cela montre à quel point ces dirigeants de gauche sont coupés de l’humeur réelle dans la société. Les organisations de masse de la classe ouvrière, et surtout leurs dirigeants, sont à la traîne. Il n’est pas surprenant, dès lors, que les nouvelles couches de jeunes et de travailleurs mobilisés les regardent avec méfiance, voire une franche hostilité. Ce n’est pas de l’« anarchisme », mais une réaction parfaitement justifiée au bureaucratisme réformiste, qui apparaît comme faisant partie du système et des « élites » contre lesquels les masses se rebellent. Les mouvements en Grèce et en Espagne ont balayé toutes les calomnies sur la prétendue « passivité » de la jeunesse. Elle n’est ni passive, ni apolitique. Elle veut se battre, mais elle se méfie des partis existants et de leurs directions. Comment l’en blâmer, lorsqu’on connaît le bilan des partis en question ? S’il faut choisir entre les députés carriéristes, les bureaucrates syndicaux et les jeunes qui protestent Place Syntagma et Place de Catalogne, nous nous tenons inconditionnellement avec ces derniers. 

Il est vrai que le mouvement manque d’expérience. En conséquence, il commet des erreurs. Ces erreurs peuvent être corrigées avec le temps et l’aide patiente et fraternelle des révolutionnaires marxistes. Mais la nouvelle génération ne veut pas être contrôlée par des appareils bureaucratiques ou manipulée par des sectes « marxistes » qui ont les mêmes tares bureaucratiques et la même arrogance que les vieux dirigeants réformistes ou staliniens. 


L’intervention de nos camarades grecs a été un modèle sur la façon d’approcher les masses. Ils combinent la fermeté sur les principes avec une grande flexibilité tactique. Il faut intervenir dans le mouvement de masse et l’aider à vaincre. Mais il faut également souligner ses faiblesses et convaincre les meilleurs éléments de la nécessité d’une politique révolutionnaire conséquente. C’est la seule méthode correcte ! Les marxistes de toute l’Europe devraient y puiser des leçons et suivre cet exemple.


Alan Woods, 
le 22 juin