vendredi 6 mai 2011

La peine capitale : le pire crime des USA (The Guardian)

Mumia Abu-Jamal est dans les couloirs de la mort depuis 29 ans. Et maintenant la Cour vient de statuer que sa condamnation est inconstitutionnelle. Quand apprendrons-nous ?

Mumia Abu-Jamal un ancien membre des Black Panther a passé 29 ans dans le couloir de la mort après avoir été jugé coupable du meurtre de Daniel Faulkner, un officier de police de Philadelphie.

Le cas du condamné à mort Mumia Abu-Jamal a pris une tournure surprenante cette semaine, quand une Cour d’appel fédérale a jugé pour la seconde fois que la condamnation à mort de Abu-Jamal était inconstitutionnelle. La troisième Cour d’appel régionale des USA située à Philadelphie a jugé que les instructions que le jury avait reçues avant la délibération ainsi que l’énoncé du verdict qu’il devait utiliser pour décider de la sentence, n’étaient pas claires. Ce jugement ne porte pas sur les désaccords autour de sa culpabilité ou de son innocence, mais il met en lumière les problèmes inhérents à la peine de mort et au système de justice pénale et en particulier le rôle joué par la race.

Le matin du 9 décembre de bonne heure, l’officier de police de Philadelphie Daniel Faulkner a signalé à William Cook, le frère d’Abu-Jamal, d’arrêter sa voiture au bord de la route. Il y a eu des coups de feu et l’officier Faulkner et Abu-Jamal ont tous les deux été blessés. Faulkner est mort et Abu-Jamal a été jugé coupable du meurtre par une Cour présidée par le juge Albert Sabo qui est bien connu pour être raciste. Une greffière du tribunal rapporté une des remarques horriblement racistes du juge ; elle l’aurait entendu dire dans l’antichambre du tribunal : "Je vais les aider à faire griller ce nègre."

La dernière décision de la Cour d’appel a un rapport étroit avec la manière dont Sabo a mené la phase de la sentence au procès de Abu-Jamal. La Cour suprême de Pennsylvanie a étudié divers arguments contradictoires pour déterminer si le procès d’Abu-Jamal a été équitable ou non. La conclusion à laquelle la Cour d’appel a abouti à l’unanimité cette semaine, est que le procès n’a pas été équitable. Le procureur de Philadelphie, Seth Williams, a décidé de faire appel de la décision à la Cour suprême des USA car selon lui :
"Il faut maintenant demander à la Cour suprême des USA de statuer là-dessus."

A l’issu de ce jugement, Abu-Jamal pourrait bénéficier d’une nouvelle audience de détermination de la peine* au tribunal devant un jury. Au cours de cette nouvelle audience, le jury recevrait des instructions claires sur la manière de décider de l’application d’une peine de prison à vie plutôt que d’une peine de mort - ce dont il n’a pas bénéficié en 1982 selon la Cour. Au mieux, Abu-Jamal sortirait du cruel isolement carcéral du couloir de la mort de la prison de SCI Greene en Pennsylvanie. John Payton, le conseiller directeur du NAACP legal defence fund qui représente Abu-Jamal à la Cour a dit :
"Cette décision est un pas important dans la lutte menée pour corriger les erreurs de ce triste chapitre de l’histoire de la Pennsylvanie... et elle nous permet de reléguer loin dans le passé le type d’injustice qui avait généré cette condamnation à mort."

Son autre avocat, Judith Ritter, professeur de droit à Widener University school of law, m’a dit : "Cette décision revêt une importance capitale. C’est une question de vie ou de mort." Je lui ai demandé si elle avait réussi à parler à Abu-Jamal et elle m’a dit que la prison avait refusé sa demande pour un appel téléphonique légal d’urgence. Cela ne m’a pas surpris, moi qui couvre son cas depuis des années.

Ses efforts pour se faire entendre ont rencontré de multiples obstacles. Le 12 août 1999, alors que je recevais à l’antenne l’organisation "Democraty now" (démocratie maintenant), Abu-Jamal a appelé au milieu du bulletin d’informations pour qu’on l’interviewe. Au moment où il commençait à parler un garde de la prison a arraché le téléphone du mur. Abu-Jamal a rappelé un mois plus tard et il a dit :
"Un autre garde est arrivé en hurlant de toutes ses forces : "Cet appel est terminé !" J’ai immédiatement appelé le sergent qui était présent et qui observait la scène et je lui ai demandé : "Sergent qui a donné cet ordre ?" Il a haussé les épaules et a dit : "Je ne sais pas. On nous a juste appelés pour nous dire de vous couper."

Abu-Jamal a poursuivi la prison pour violation de ses droits et à gagné le procès.

En dépit du l’isolement carcéral, Abu-Jamal a continué son travail de journaliste. Ses chroniques hebdomadaires sont diffusées à la radio de la côte atlantique à la côte pacifique. Il est l’auteur de six livres. Il a été récemment invité à faire une conférence sur l’incarcération raciale à l’Université de Princeton. Il a dit (en parlant dans un micro avec un téléphone portable) :
"Il y a beaucoup d’hommes, de femmes et de jeunes... emprisonnés dans les bâtiments de l’industrie carcérale ici aux USA. Comme beaucoup d’entre vous le savent, les USA qui ne représentent que 5% de la population mondiale, ont dans leurs prisons 25% des prisonniers du monde... le nombre des prisonniers noirs y est supérieur à celui de l’Afrique du Sud à l’apogée de l’horrible système d’apartheid."

Les Etats-Unis sont la seule nation du monde à s’accrocher à la peine de mort. En fait, ils font partie, avec la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, l’Arabie Saoudite et le Yémen, des pays qui effectuent le plus d’exécutions à mort. La décision de cette semaine concernant le cas d’Abu-Jamal est un argument de plus en faveur de l’abolition de la peine de mort.

Denis Moynihan a participé aux recherches pour cet article.

Ami Goodman

Note :
*Pour les délits graves aux USA la sentence est généralement prononcée lors d’une "sentencing hearing" au cours de laquelle le procureur et la défense présentent leurs arguments en faveur de la peine qui leur paraît appropriée. Pour les délits mineurs la sentence est soit déterminée d’avance soit prononcée immédiatement après la condamnation.

Pour consulter l’original : http://www.guardian.co.uk/commentis...
Traduction : D. Muselet pour LGS

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